Restaurant Contre Façon
Le Contre Façon, deux lectures d’une même évidence
Il y a des routes qui préparent déjà au moment.
Celles où le paysage ralentit, où la lumière filtre entre les arbres, où les couleurs se superposent. À mesure que l’on avance vers Virelles, quelque chose s’apaise. Le chemin devient transition, presque intention.
Puis apparaît la place. Et avec elle, notre destination, le Contre Façon.
La maison impose immédiatement une présence. Une bâtisse ancienne, ancrée, qui raconte déjà quelque chose avant même d’y entrer. À l’intérieur, le regard circule librement entre les deux ambiances. D’un côté la lumière claire du comptoir en bois massif et l’escalier structurant ; de l’autre, l’humeur cosy de la salle à manger, son mobilier design et ses lumières chaudes. L’ensemble trouve un équilibre juste entre héritage et modernité.
C’est là qu’œuvre Loïc Pierard. Le garçon y développe une idée aussi simple que singulière : proposer deux lectures d’un même produit. Une approche en miroir, où le classique dialogue avec une interprétation plus contemporaine. Deux expressions, une seule intention.
Les langoustines ouvrent cette lecture double. Juste saisies, relevées d’une bisque montée au beurre fouetté, croûtons et citron. Ou en tartare, citron vert, radis pickles et caviar Osciètre, plus tendues, plus directes.
Les abats prolongent cette identité affirmée. Les ris de veau, croustillants, accompagnés de rémoulade, tourteaux et jus de viande, s’inscrivent dans une gourmandise profonde. Les cromesquis de pied de porc, eux, apportent une lecture plus nerveuse, entre ponzu, herbes fraîches et mayonnaise iodée.
Le veau se décline à son tour. Une blanquette revisitée, avec poireaux, boulettes mijotées et chips de riz. Puis un filet basse température, oignons rôtis, fromage de Chimay et jus aux baies, plus structuré, plus ample.
Le cabillaud suit cette même logique. D’un côté, une lecture classique, beurre blanc et caviar Antonius. De l’autre, une version plus contemporaine, entre émulsion d’oursin, gyoza de morue et chimichurri.
La suggestion autour d’une sélection de bœuf signée Gaël Leblanc vient compléter cette partition.
Et puis les desserts, signés Valérie, prolongent cette justesse sans rupture. Tatin de pommes, crème épicée, sorbet et amandes. Snickers revisité mangue-passion. Dame blanche parfaitement exécutée. Et un chariot de fromages belges pour conclure.
Entre les deux, impossible de passer à côté du formidable chariot de fromages belges, véritable moment à part, riche, généreux, qui ancre encore un peu plus la maison dans son territoire.
En salle, Marie donne le ton. Présente, naturelle, elle incarne cet esprit de maison où tout circule sans effort. Autour d’elle, une équipe alignée, attentive, jamais pesante.
Le Contre Façon ne cherche pas à opposer les styles. Il les met en regard.
Et dans cet équilibre, il trouve quelque chose de rare : une cuisine qui se lit, se comprend… et se ressent.
LD · Eating · avril 2026
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