Aroy mak !

Entrer chez Wan Thaï Food, c’est franchir un seuil invisible. Celui qui, sans bruit, vous transporte ailleurs. La Thaïlande affleure dans les détails, dans la lumière qui tombe doucement, glisse sur les boiseries, s’attarde sur le carrelage lustré, accroche un abat-jour d’osier puis se pose, paisible, sur un bouddha silencieux. Ici, tout semble pensé pour ralentir le regard et apaiser l’esprit, avant même que les sens ne s’éveillent.

Le lieu respire une forme de bien-être rare. Rien n’est démonstratif, tout est à sa place. Le service accompagne avec précision, sourire et retenue, comme une extension naturelle de la cuisine. Une cuisine thaïlandaise tenue, raffinée sans artifice, authentique sans jamais tomber dans le folklore. C’est là que la maison trouve son équilibre, entre héritage et modernité, précision et émotion.

Aux commandes, Wan, originaire de l’Isaan, au nord-est de la Thaïlande, puise dans ses racines une inspiration directe, sincère, vivante. Sa cuisine ne cherche pas à interpréter. Elle exprime. Elle raconte une mémoire, une énergie, une manière d’habiter le goût.

La carte, riche sans être dispersée, déroule un voyage structuré : cocktails aux accents lointains, soupes parfumées, salades vibrantes, currys profonds, plats sautés où les épices trouvent toute leur résonance.

Les assiettes parlent d’elles-mêmes.

Le Rad Na Mee Krob Moo joue d’abord sur les textures, avec ses nouilles aux œufs croustillantes, son filet mignon de porc laqué, ses légumes et son jus brun au soja doux et au poivre blanc. Le Plameuk Yak Yang poursuit sur un registre plus vif, avec ses tentacules de poulpe poêlées et leur sauce aigre-douce relevée à l’ail, au vinaigre de riz et à l’huile de sésame pimentée.

Puis le curry entre en scène. Le Massaman Kaew enveloppe les côtes d’agneau d’un curry brun Massaman, accompagné de pois chiches et de pommes grenailles. Plus frais, plus herbacé, le Gaeng Kia Wan Pla pose un filet de bar poêlé sur peau sous un curry vert au lait de coco, escorté de légumes verts, de basilic thaï et de piment vert doux.
Les sauces sont remarquables et deviennent un véritable fil conducteur. Puissantes, profondes, parfois relevées, elles signent les assiettes et en prolongent les saveurs avec une précision remarquable.

Et puis arrive le Mamuang Ai-Dtim, une manière élégante de revisiter le traditionnel sticky rice. Glace de riz artisanale, tartare de mangue fraîche, espuma de mangue et coco, tuile au sésame noir : un dessert tout en fraîcheur, en douceur et en textures.

Rares sont les adresses thaïlandaises qui tiennent vraiment leur promesse. Wan Thaï Food en fait partie. Une maison sincère, lumineuse, fidèle à ses racines comme à sa propre vision de la cuisine.

“Aroy mak.”
En thaï, cela signifie “c’est délicieux”.
Ici, cela sonne comme une évidence.

LD · Eating · août 2026