Le Mont-à-Gourmet
Il y a d’abord un décor. Celui d’une place de village qui semble suspendue hors du temps. L’église veille encore, le monument rappelle les mémoires anciennes. Et le restaurant apparaît là, légèrement en retrait, quatre marches plus haut, presque avec pudeur. Arriver à Gouy-lez-Piéton, c’est entrer dans une forme de théâtre paisible, traversé par une douce mélancolie et par ces réminiscences d’enfance que seuls certains lieux savent réveiller.
C’est ici qu’Alain Hamoline posa, au début du siècle, les fondations du Mont-à-Gourmet avant de transmettre la maison à son fils Arnaud. Aujourd’hui, Nicolas Tournay y poursuit cette histoire avec intelligence et sensibilité, dans ce qui ressemble de plus en plus à une véritable maturité culinaire.
Sous les apparences d’une grande gastronomie classique, expression qui retrouve ici toute sa noblesse, la maison soigne le convive avec une rare bienveillance. Chaque service semble animé par cette générosité discrète des repas de famille où l’on cherche moins à impressionner qu’à prendre soin. Nicolas Tournay prolonge cet esprit avec une élégance remarquable. Ses assiettes possèdent désormais une vraie dimension picturale : couleurs nettes, compositions précises, détails millimétrés. Pourtant, jamais le geste esthétique ne prend le pas sur l’essentiel.
Car derrière la délicatesse visuelle se cache un vrai cuisinier. Un homme de métier. Chaque plat respire son savoir-faire, sa maîtrise des cuissons, la profondeur de ses jus et son respect absolu du produit.
Les Asperges vertes de la ferme du Joli Bois, relevées d’anguille fumée, de foie gras, d’olives Taggiasche et de pomme Granny, ouvrent le repas avec fraîcheur et relief. La part de Poisson noble, accompagnée de tarama, fenouil et cerfeuil musqué, joue une partition plus iodée et végétale. Puis viennent les Asperges blanches de la ferme du Joli Bois, sublimées par la langoustine, le sobachare et l’oseille dans un équilibre d’une grande précision.
Plus loin, le bœuf Holstein, travaillé avec kimchi, sucrine et estragon, affirme une lecture plus contemporaine sans jamais rompre le fil classique de la maison.
Puis ce “Bee-scuit” aux fraises de la ferme, rhubarbe, miel, vanille et thym-citron, final lumineux et délicat.
Accompagné par la famille Hamoline et porté par l’élégance discrète de sa compagne au service en salle, Nicolas Tournay semble aujourd’hui avoir trouvé son plein langage culinaire. Une cuisine classique dans l’âme, sensible dans l’exécution, qui préfère la profondeur à l’effet et inscrit son émotion avec une remarquable justesse.
LD · Eating · mai 2026
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