Chez Flo, quand la cuisine fait maison

Il y a des restaurants où l’on vient manger. Et puis il y a ceux où l’on a envie de rester un peu plus longtemps. Ceux où quelque chose se passe, sans forcément savoir l’expliquer. Une atmosphère, une personnalité, une manière de vous accueillir qui fait que, lorsque l’on repart, on pense déjà au moment où l’on reviendra. Chez Flo, à Flémalle, en bord de Meuse, c’est exactement ce que je ressens.

De l’extérieur, pourtant, rien ne laisse vraiment deviner ce qui se passe derrière cette façade claire en pierres du pays. La maison se fond tranquillement dans son environnement. Puis on pousse la porte et tout change. Le bois blond, la pierre, les matières douces, la lumière qui enveloppe la salle et, surtout, cette cuisine ouverte sur la gauche. Elle est là, bien vivante, offerte au regard. Ici, on cuisine pour de vrai, et cette proximité donne immédiatement quelque chose de chaleureux à l’endroit.

L’histoire de Florence est intimement liée à cette maison. Après un parcours exigeant dans de belles maisons, marqué notamment par l’influence d’Edgard Bovier, elle est revenue sur ses terres mosanes pour écrire sa propre histoire. Et pas n’importe où : dans l’ancien cabinet médical de son grand-père. Il y a quelque chose de beau dans cette transmission. Là où l’on soignait autrefois les corps, Florence soigne aujourd’hui les appétits et les émotions.

Chez Flo, on entre presque comme chez quelqu’un que l’on connaît déjà. L’accueil est complice, l’atmosphère sans chichis et la cuisine ne cherche jamais à impressionner à coups d’effets de manche. Elle préfère vous faire plaisir. Et ça fonctionne, parce que derrière cette apparente simplicité, il y a une vraie maîtrise. Le produit est là, reconnaissable, généreux, travaillé avec précision mais sans jamais être malmené.

Il y a d’ailleurs quelque chose de particulièrement agréable dans la manière dont le service se fait ici. Flo et ses complices ne restent pas cantonnés derrière leur passe. Elles et ils quittent la cuisine, prennent les assiettes et viennent les déposer en salle.
Ce mouvement entre la cuisine et les tables dit beaucoup de l’esprit de la maison. La frontière entre ceux qui cuisinent et ceux qui accueillent est effacée, tout le monde participe à la même histoire, avec cette proximité qui rend l’expérience immédiatement plus humaine.

La semaine dernière, mon repas commence avec un thon rouge accompagné d’un caviar d’aubergine et de légumes croquants. Du fondant, du caractère, du croquant : l’assiette pose les bases d’une cuisine qui aime les contrastes sans jamais perdre son fil. Les gnocchi de pommes de terre, burrata, courgettes et tomates à l’origan apportent ensuite quelque chose de profondément réconfortant. Le moelleux des gnocchi, la fraîcheur de la burrata, les légumes et l’origan composent une assiette généreuse qui sent l’été.

Le filet de rouget grillé, haricot coco et citron confit poursuit dans cette direction. Le poisson est délicat, la cuisson précise et le citron vient apporter juste ce qu’il faut de tension. Puis arrive le suprême de volaille, accompagné de figues, de foie gras poêlé et d’une purée à la Robuchon. Là, on ne cherche plus à faire semblant. C’est gourmand, généreux, assumé. La volaille cherche sa délicatesse, la figue apporte sa douceur, le foie gras son caractère et la purée… Cette purée… Certains osent la signer Robuchon mais si peu savent la réaliser. Celle de Flo n’a besoin d’aucun débat ; juste d’une cuillère et d’y revenir.

Le dessert remet un peu de fraîcheur dans tout cela avec un sorbet cassis, un crémeux citron et du gianduja.

Et puis, chaque semaine,  il y a les suggestions, qui donnent encore une autre idée de l’esprit de la maison. Des plats qui ne cherchent pas à compliquer le plaisir, mais simplement à le provoquer.

C’est peut-être finalement cela qui me plaît le plus chez Flo. Cette capacité à faire de la cuisine sans jamais perdre de vue pourquoi on vient au restaurant. Pour manger, évidemment. Mais aussi pour passer un bon moment. Pour être accueilli, pour discuter, pour rire, pour prendre le temps.

Parce que derrière les produits, les cuissons et les assaisonnements, il y a quelque chose de beaucoup plus difficile à fabriquer : une âme. Une maison qui ressemble à ceux qui la font vivre. Une cuisine personnelle sans être démonstrative, généreuse sans être lourde, précise sans devenir froide.

Chez Flo, on vient vivre un repas. Et puis, quelque temps plus tard, on se surprend à avoir envie de le revivre.
Certaines belles histoires sont faites pour ça.

LD · Eating · septembre 2026