Le Saint-Germain
Le goût des choses bien faites
Après douze années dans leur adresse d’origine, Benoît Bertozzi et Lucie Merche ont fait un pas de côté. Quelques mètres seulement, mais un vrai changement de perspective. Installée désormais dans une élégante villa en bordure de la rue de Wiltz, la maison gagne en lumière, en espace, en respiration.
Le lieu s’ouvre, littéralement. Cuisine visible, volumes aérés, lignes claires. Tout semble pensé pour accompagner une évolution devenue naturelle. Ici, rien ne cherche à impressionner. Tout cherche à être juste.
En cuisine, Benoît Bertozzi poursuit cette ligne avec constance. Une cuisine lisible, précise, sans effet de manche, portée par un menu en trois ou quatre services où l'on retrouve un Crudo de bar, palourdes, mangue et risotto ; une Épaule d'agneau conite, olives Taggiasche, petits pois à la Francaise et morilles, un Filet de canette, asperges vertes, ail des ours, arancini, ketchup de piquillos, le Poisson du jour en croute d'herbes, bisque au gingembre, asperges blanches, vinaigrette orange et sésame et un crémeux au citron, fraises, sorbet citron, mascarpone, biscuit aux amandes pour clore le moment.
La carte, elle, laisse place à la liberté.
Les entrées posent d’emblée le ton. La croquette de volaille, tartare de tomates et fumet de crevettes grises joue la carte du réconfort maîtrisé. Le crudo de bar, palourdes, mangue et risotto apporte une lecture plus fraîche, plus tendue. La terrine de foie gras, confit d’oignons rouges et brioche s’inscrit dans une gourmandise assumée, tandis que les pâtes fraîches à la truffe noire rappellent l’attachement au produit.
Puis viennent les plats. L’entrecôte de bœuf Angus, servie avec pommes frites et sauces classiques, affirme une générosité sans détour. Le filet de cannette, accompagné d’asperges vertes, ail des ours, arancini et ketchup de piquillos, joue une partition plus contemporaine. Les pâtes à la truffe d’été prolongent cette lecture simple et efficace, quand le pigeonneau entier en deux cuissons, avec ses accompagnements de saison, reste un marqueur fort de la maison.
Les desserts suivent la même logique : lisibles, précis, sans surcharge. Crème brûlée, crémeux citron-fraises, émulsion de Chokotoff, moelleux au chocolat ou dame blanche traditionnelle… autant de finales qui vont à l’essentiel, avec justesse.
En salle, Lucie Merche incarne cet équilibre. Présente, attentive, elle orchestre un service fluide, naturel, jamais pesant. Une hospitalité qui ne se montre pas, mais qui se ressent.
Au fil des services, la maison affirme sa ligne. Une cuisine sincère, une exécution rigoureuse, un lieu en accord avec ce qu’il propose.
Ici, le goût des choses bien faites n’est pas un slogan. C’est une ligne de conduite.
LD · Eating · avril 2026
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