Révélé il y a quelques mois, il y a des annonces qui ne se contentent pas de signaler un changement d’adresse. Celle du Vugo va ouvrir un véritable passage. Après des mois de travaux, Jérôme Axters a trouvé le lieu où écrire la suite. Une grande bâtisse, longtemps observée, presque en silence, est aujourd’hui en train d’achever sa mue.
Le chantier touche à sa fin. Les lignes sont posées, les matières trouvent leur place, les derniers détails s’ajustent. Rien n’est encore totalement livré, mais tout est déjà là.

Bientôt, cette maison deviendra une évidence. Une table pensée pour accueillir autrement, plus largement, sans rien perdre de ce qui fait l’âme du Vugo.

Pour l’instant, c’est toujours à Mouscron, rue du Phénix, que tout se joue. Dans cette maison discrète, presque effacée dans la rue, où rien ne laisse deviner ce qui se trame à l’intérieur. Une salle en enfilade, un bar arrondi, une lumière douce qui s’ouvre vers un jardin… et cette sensation immédiate que l’on a quitté quelque chose pour entrer ailleurs. Loin des caricatures, loin du bruit, ici la Table retrouve sa fonction première : celle d’un refuge.

En cuisine, Jérôme Axters poursuit son chemin avec une clarté remarquable, développant sa cuisine d'une écriture précise, lisible, où l’épure dialogue avec la générosité. Une cuisine qui ne cherche pas à impressionner, mais à durer.

Aujourd’hui, les assiettes témoignent de cette maturité. L’Asperge blanche d’Armand & Olivier s’ouvre avec la sardine, l’origan, le radis et un sorbet d’asperge, tout en fraîcheur. Le Rouget barbet s’accompagne de fèves des marais, fenouil, sabayon et jus d’arêtes, dans une lecture nette du produit. La Morille se déploie autour d’une farce fine, de persil plat et d’artichaut, portée par un jus au vin jaune. Le Filet de veau, lui, s’inscrit dans la saison avec ail des ours, petits pois, asperges de couleur et jus de veau.
Les fromages des Cleugnottes prolongent le moment, avant une finale autour de la Rhubarbe, du basilic, de la vanille et du yaourt, relevée d’un sorbet rhubarbe-gingembre, ou d’un Chocolat Guanaja 70 % travaillé avec précision.

Une cuisine qui avance avec assurance, portée par la justesse des cuissons, la netteté des goûts et cette capacité à faire coexister technique et émotion sans jamais les opposer.

Et pendant que le service continue, solide et sincère, quelque chose se prépare en silence. Les volumes du futur lieu se dessinent, les matières se choisissent, la lumière s’imagine. Ce déménagement n’est pas une rupture. C’est une extension. Une manière d’offrir à cette cuisine un écrin à sa mesure.

« Un projet de vie », glisse l’équipe.
Un projet nourri par la fidélité de ceux qui reviennent, encouragent, et permettent aujourd’hui de rêver plus grand. En attendant, le Vugo continue de vibrer rue du Phénix.

Mais déjà, ailleurs, une nouvelle maison s’apprête à naître.

LD · Eating · avril 2026