Eloge de 82 grammes de tissu

16 septembre 2015

Si l’époque veut que les nappes s’effacent doucement des tables de restaurant – Vive le brut, le dur, le rude, le pur, l’épure-, les serviettes, elles, ne semblent pas connaître ce triste sort anti-fibres. A la limite, c’en est presque malheureux. Vaudrait mieux qu’elles disparaissent aussi ces pauvres choses, de sorte que des nostalgiques du dépliage la remettent au goût du jour, au centre de la table.

Serviette

La serviette, c’est comme le pain. Tous deux accompagnent au quotidien le mangeur sans que celui-ci ne s’en émeuve plus guère. Clients ingrats ! On jurerait pourtant qu’elle fait bel et bien partie du repas gastronomique des Français. C’est même inscrit dans le dossier de l’Unesco : « Parmi ses composantes importantes figurent […] la décoration de la table ». Tant d’indifférence, de haine silencieuse pour cette vulgaire chiffonnade immaculée…

Et si, expression dans l’air du temps, on ré-enchantait la serviette, pardon, le linge de table (important la particule) ?
Et pourquoi donc ? Parce qu’elle n’a pas le privilège d’apparaître sur la sacro-sainte facture ? Parce qu’elle demeure chaque jour visible sans être annoncée en salle d’un ton magistral ? Parce que ce n’est qu’un roturier de torchon, froissé et jeté sur table une fois le défilé des mignardises acté ? Un peu de tout ça probablement. Et puis, osons le dire, les restaurateurs s’en fichent comme de leur première tomate épépinée. Vas-y que je te mette le paquet sur le couvert et la théière (au Japon, dans un restaurant de cuisine française de la préfecture de Nagano, les assiettes décoratives imaginées par un artisan local se monnayaient 3 000 euros pièce). Il n’y a bien qu’Alain Ducasse, dont on connaît l’extrême minutie et c’est un compliment, pour s’en soucier avec, dans l’un de ses navires, des objets de fil en provenance de…

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Source Atabula / By Franck Pinay-Rabaroust.