Le Sel et Poivre, le goût juste et les portes grandes ouvertes

Parfois, il faudrait savoir s’arrêter. Ralentir. Poser un regard différent sur la vie. Non pas parce que tout vacille, mais simplement parce que l’on arrive quelque part. Parce que l’on arrive chez quelqu’un. Parce que l’on est, soudainement, chez des gens. Et que cette sensation-là, douce et rare, nous rappelle que l’on est vivant. Autrement.

Hollain est de ces villages qui semblent écrits avant d’être bâtis. Un coin de Wallonie picarde, de Flandre romane, des mots déjà poétiques en eux-mêmes. C’est ici que se raconte l’histoire du Sel et Poivre, une maison née d’une romance simple et solide : celle d’Alexis Flament, enfant du pays, et de Nathalie, sa complice de vie.

Depuis près de trente ans, le couple fait évoluer ce qui fut autrefois un café de village et une salle des fêtes. Avec patience, passion et beaucoup de sagesse, ils ont accompagné leur maison vers une brasserie d’abord, puis vers une table gastronomique affirmée. Sans jamais brusquer le temps. Sans jamais trahir l’esprit. Année après année, ils ont affiné, poli, enrichi leur auberge, jusqu’à en faire un lieu où tout semble plus vaste qu’il n’y paraît : les portes, les gestes, les attentions.

Car au Sel et Poivre, on comprend très vite que l’on est invité à pratiquer un art parfois oublié : celui du sourire, de la gentillesse, de la bienveillance vraie.

Dans l’assiette, cette philosophie trouve une résonance évidente. La cuisine d’Alexis Flament se déploie avec générosité, précision et gourmandise. Elle s’ancre dans le respect du produit, des saisons et des trésors locaux, tout en laissant entrer des influences venues d’ailleurs. Ici, on cuisine le temps présent, sans forcer le trait.

Le repas commence avec le thon Balfegó, tomates de Provence, eaux de tomates, pastèque et sel d’Ibiza. Une assiette fraîche, précise, solaire, où le produit reste au centre. Viennent ensuite les petits gris de Kain, travaillés avec la courge butternut et la Fourme d’Ambert : la terre, le terroir et une certaine idée de la gourmandise réunis dans une assiette.

Puis la mer reprend ses droits avec le poisson selon l’arrivage, décliné autour du chou-fleur, accompagné de moules de Zélande et de safran. Une cuisine qui regarde le marché avant de regarder la mode, et qui laisse aux produits le soin de dicter leur propre partition.

La pintade poursuit le voyage côté terre. La poitrine cuite à basse température, la cuisse confite, les courgettes et les girolles se répondent, réunis par un jus infusé à l’estragon. Une assiette généreuse, profonde, qui dit beaucoup de cette cuisine : précise dans ses cuissons, gourmande dans ses intentions, toujours lisible.

Et puis viennent les fromages, d’ici et d’ailleurs, pour ceux qui aiment prolonger encore un peu le plaisir.

Le dessert appartient à Christopher, avec les framboises et les pistaches, puis un chocolat grand cru de São Tomé, caramel et cacahuètes. Deux propositions qui viennent apporter fraîcheur, gourmandise et douceur à la fin du repas.

En salle, Nathalie donne le ton. Avec une précision naturelle et une humeur lumineuse, elle ne se contente pas de servir : elle partage. Elle accueille. Elle incarne l’âme du lieu.

Le Sel et Poivre n’est pas seulement une table. C’est une maison à vivre, dans toutes ses belles nuances. Une maison où l’on vient pour bien manger, évidemment, mais aussi pour retrouver quelque chose de plus rare : le sentiment d’être attendu.

Et peut-être est-ce cela, finalement, la vraie gastronomie. Celle qui commence dans l’assiette, mais qui ne s’arrête jamais tout à fait à la table.

LD · Eating · seprtembre 2026