Le Relais d’Orti
Né depuis quelques mois dans l’écrin vert de l’Ardenne belge, à Sainte-Ode, le Relais d’Orti s’impose déjà avec une évidence tranquille. Celle d’un lieu qui ne cherche pas à impressionner, mais à accueillir. Imaginé par Lisa Driegelinck et Séraphin Boon, ce projet au long cours dépasse largement l’idée d’un simple hôtel gastronomique. C’est une maison habitée, un refuge sensible où se rencontrent nature, cuisine et art de vivre.
Ici, tout commence par le paysage. Les forêts enveloppent, les champs respirent, et le silence s’installe comme une matière. Le Relais s’y glisse avec justesse, sans rupture. Comme s’il avait toujours été là.
À l’intérieur, le même sentiment prévaut : bois local, objets personnels, lumière douce… chaque détail raconte une histoire, sans jamais la surligner. Car ce lieu, Lisa et Séraphin ne l’ont pas seulement imaginé, ils l’ont construit, patiemment, pendant près de huit ans, jusqu’à en faire une extension d’eux-mêmes. Et cela se ressent immédiatement. Ici, on n’est pas reçu. On est invité.
Leur trajectoire éclaire cette justesse. Rencontre en stage au Pastorale en région anversoise, passage par Roulers où ils lancent Weinbeisserei, une table d’hôtes libre et vibrante… avant que l’envie d’espace, de nature, et d’un projet plus ancré ne les guide vers Sainte-Ode. Le terrain trouvé presque par hasard devient alors le point de départ d’une aventure plus vaste. Une évidence, encore une fois.
Le Relais d’Orti se vit comme une respiration. Onze chambres seulement, un bistrot ouvert sur le village, un restaurant gastronomique tourné vers la vallée, et bientôt un espace bien-être. Une composition à taille humaine, pensée pour ralentir, pour s’attarder, pour revenir à l’essentiel.
Mais c’est à table que le lieu se révèle pleinement.
Le repas s’ouvre au salon, près du feu qui murmure, puis on glisse doucement vers la salle à manger, où le bois enveloppe, respire, et laisse circuler une vie calme, presque imperceptible.
Le rythme s’installe, fluide, naturel. Surplombant la vallée et le potager, la cuisine de Séraphin Boon trouve son point d’équilibre. Passé par le Sea Grill et chez Bianchin et marqué par ses expériences à l’étranger, il développe ici une approche plus ancrée, plus directe. L’esprit libre, il vagabonde son univers. Le produit y est central, travaillé dans son intégralité, sans artifice. Rien n’arrive découpé, tout se transforme sur place, avec précision et respect.
Dans l’assiette, cela se traduit par une cuisine d’une grande lisibilité, portée par les saisons et les intuitions du moment : Artichaut, huître, pomme de terre, lavande ; Radis, verveine ; Rouget, colza, citron confit ; Morilles, truite, hêtre ; Canard, rhubarbe, chicon. Des compositions qui avancent sans bruit, mais qui marquent durablement.
Les accords de Lisa accompagnent avec douceur et intelligence, qu’ils soient œnologiques, plus légers, ou même sans alcool. Lors de notre passage, ce sont les thés et les infusions travaillés qui ont fait joliment bouger nos lignes.
Le service, lui, trouve ce ton juste entre précision et chaleur ; la gentillesse décomplexée, d'une attention sincère et sans manières.
Situé à l’entrée de la réserve d’Orti, au cœur du parc naturel des Deux Ourthes, le Relais devient aussi un seuil. Celui des balades, des sentiers, des longues traversées. Mais au fond, le véritable voyage est ailleurs. Dans cette capacité rare à créer un endroit où l’on se sent immédiatement à sa place. Un lieu où tout semble couler de source. Et où, sans bruit, tout devient un peu plus simple.
C’est peut-être là que réside sa singularité ; dans cette capacité à proposer une autre forme de luxe. Plus silencieuse. Plus ancrée. Plus humaine.
Un lieu où l’on vient pour manger, bien sûr.
Mais surtout pour ralentir. Se poser. Et, quelque part, se retrouver.
LD · Eating · avril 2026
eating aime
Les infos
- 21.04.2026 Ixelles-Châtelain / Un restaurant de 200 places sur le site de D’Ieteren ?
- 18.04.2026 Quel vin servir avec de la rhubarbe ?
- 15.04.2026 Rouge, blanc, rosé, effervescent : à quelle température idéale doit-être servi le vin ?
- 14.04.2026 Au Vieux Château à Flobecq : quatre mains, une même intention
- 13.04.2026 AOC, IGP… : quelles différences entre les indications géographiques du vin ?
- 10.04.2026 « Les noms d’inspecteurs Michelin anonymes circulent parmi les restaurants »
- 10.04.2026 Quel vin boire avec un poulet rôti ? Les accords justes pour un grand classique
- 09.04.2026 Kobe Desramaults déplace son restaurant Eliane dans le Pajottenland
Les plus lus
- 4 restaurants belges dans les meilleurs restaurants italiens au monde 15.12.2025
- Yves Mattagne et La Villa Lorraine, l’histoire est terminée 26.11.2025
- Le « Cuisinier de Poisson » de l’année est namurois 18.11.2025
- Taylor Swift propulse un petit domaine de Sancerre sous les projecteurs 05.01.2026
- Sommelier of the Year 2026 : les lauréats par province sont connus 27.01.2026




































