Certains appels ne font pas de bruit. Ils s’imposent dans le silence, avec cette évidence tranquille qui ne laisse plus de place au doute. Pour Olivier Massart, tout devait changer. Pas seulement une adresse. Pas seulement des murs. Mais le centre de gravité même de sa cuisine.

Après des années de haute intensité, de précision millimétrée et de responsabilités partagées, le chef a choisi de ralentir autrement. D’écouter ce calme fertile qui ne retire rien à l’exigence, mais qui redonne du sens. Revenir à l’essentiel. À une cuisine juste. Juste dans le goût, dans le geste, dans l’émotion.
OM est né de ce mouvement.

Installé depuis l’automne dans une villa élégante, presque en retrait, le lieu ne cherche ni à séduire ni à convaincre. Il accueille. Simplement. Dès l’arrivée, quelque chose s’apaise. La route s’efface, les repères glissent, et l’on entre dans un espace où tout semble à sa place ; lumière douce, matières chaleureuses, musique en phase… Une maison pensée comme un cocon, prolongement naturel de la vision du chef.

Deux lettres, OM.
Une signature minimale, presque silencieuse. Mais derrière cette retenue, une intention forte : proposer une cuisine d’auteur, libre, personnelle, profondément habitée.

Dans l’assiette, cela se traduit avec précision. Les menus, Résonance et Résonance Végétale, suggèrent plus qu’ils n’annoncent. Quelques mots, à peine. Comme une invitation à faire confiance. Le végétal structure, l’animal répond, et les influences se croisent avec finesse, parfois ailleurs, presque au loin.
Kombujime de chou-rave et fenouil, relevé d’une glace pickles délicate et de pissenlit fermenté, suivi de Poireaux et Couteaux portés par une réduction végétale, oseille, laurier et cerfeuil. Puis une Paëlla croquante au safran et brasvar, racine en croûte d’argile, avant un Ris de veau travaillé avec du céleri, cacao et café. Le Veau se prolonge avec artichaut, livèche et bintje, tandis que la Rhubarbe, sablé breton aux baies de passion et yaourt vient conclure avec fraîcheur et équilibre.
Des compositions qui avancent en nuances, en strates, en résonances. Rien ne cherche à impressionner. Tout cherche à toucher juste.

Le tempo s’étire, volontairement. Comme pour laisser le temps de regarder, de comprendre, d’habiter chaque instant.

En salle, le service emmené par Jonathan Gillet et Chloé accompagne avec précision et attention, sans jamais rompre ce fil subtil.

L’OM dépasse le simple repas.
C’est une expérience qui se prolonge, qui s’imprime sans bruit.
Une table en retenue, mais dont l’empreinte, elle, s’ancre durablement.

LD · Eating · avril 2026