Certaines adresses ne prennent pas le temps de s'installer, elles s'imposent d'emblée Harmonie en fait partie.
Ouvert à l'automne dernier, le restaurant s'est déjà affirmé comme l'une des signatures les plus enthousiasmantes de la région. Et ce n'est pas la fréquentation constante des fins gourmets, venus de Hannut comme de bien plus loin, qui viendra contredire cette évidence. Derrière ce beau projet, un duo que nous avions connu à Bruxelles : Stéphane Champion en cuisine et Laura Delgaudine en salle. Deux parcours solides, de belles expériences, une vision claire et, surtout, une envie sincère de créer un lieu vivant, accessible et profondément humain.

La salle, ouverte et lumineuse, laisse circuler les regards et les échanges. La cuisine, ouverte elle aussi, donne immédiatement le ton : ici, aucune mise à distance, mais une véritable connexion entre ceux qui cuisinent et ceux qui dégustent. Le service est fluide, précis, chaleureux sans jamais être démonstratif. On se sent immédiatement à sa place.

Dans l'assiette, la promesse est tenue, et même dépassée. Une cuisine française contemporaine, ancrée dans le produit et portée par une technique discrète qui ne cherche jamais à prendre le dessus sur le goût. Rien n'est superflu, tout est maîtrisé.

La carte déroule aujourd'hui une partition inspirée où chaque assiette possède sa propre personnalité. Le Carpaccio de poulpe, relevé de grenade, d'agrumes et d'Espelette, ouvre le repas avec fraîcheur et vivacité. Les Ravioles de daïkon au crabe, associées à la mangue, au fruit de la passion, à une émulsion de coco et à une tuile à l'encre de seiche, jouent avec finesse entre douceur et tension. Quant au Foie gras d'oie au sésame noir, accompagné d'une tartelette de tomates confites et d'une gelée de framboise au balsamique, il illustre parfaitement cette recherche permanente d'équilibre entre gourmandise et fraîcheur.

Les plats confirment cette même exigence. Le Dos de cabillaud en viennoise de Kalamata, accompagné de courgettes en déclinaison, d'un sablé au parmesan et de pignons de pin, séduit par sa précision et son élégance. Le Veau en deux façons, associant filet pur et ris croustillant autour d'un palais d'aubergine confite et laquée, exprime toute la maîtrise du chef. Plus terrien, le Bœuf Angus fumé au bois de hêtre, servi avec une espuma de pommes de terre à l'huile de noisette et une poêlée de girolles, apporte profondeur et générosité.

Les desserts prolongent cette même recherche d'équilibre. La Tuile de Comté, accompagnée de pêche blanche rôtie au miel et d'un confit de pêche de vigne, surprend par son jeu subtil entre le salé et le fruit. L'Abricot et romarin, servi avec un croustillant aux amandes et une ganache montée à la vanille, conclut le repas sur une note fraîche, délicate et parfaitement maîtrisée.

Harmonie ne cherche jamais à en faire trop. Et c'est précisément cette retenue qui rend la maison si attachante. Chaque détail semble guidé par une même philosophie : celle de l'équilibre, de la sincérité et du goût juste.

Une jeune maison, déjà sûre de sa personnalité, qui avance avec sérénité et précision, et qui s'inscrit, sans bruit mais avec beaucoup d'évidence, parmi les tables incontournables de notre paysage gastronomique.

LD · Eating · juillet 2026