El Patio, le voyage comme point de départ

Il est des cuisines qui s'apprennent dans les écoles. Et d'autres qui se construisent au fil des rencontres, des paysages et des émotions. Celle de Matthieu Van Dieren appartient à cette seconde famille.

À Beauraing, El Patio raconte avant tout une histoire de vie. Celle d'un chef qui a choisi de faire de ses voyages un langage culinaire. L'Italie lui a transmis le respect des produits et des choses simples. L'Australie lui a ouvert le goût des associations inattendues. L'Espagne, où il a vécu près de quinze ans, lui a appris la convivialité, la générosité des tapas et cette manière unique de faire de chaque repas un moment de partage.

Aujourd'hui, cette trajectoire prend tout son sens au cœur de Beauraing. Imaginée avec sa compagne Claudia, la maison respire cette chaleur méditerranéenne sans jamais tomber dans le folklore. Mais c'est bien dans l'assiette que le voyage commence.

Matthieu Van Dieren signe une cuisine profondément personnelle, où les souvenirs de voyage rencontrent les beaux produits de notre terroir. Une cuisine sincère, lisible, qui privilégie toujours le goût à l'effet.

La Poêlée de chipiróns, relevée d'herbes fraîches, de paprika fumé et de sobrasada, ouvre le repas avec une belle intensité ibérique. L'Œuf parfait bio, accompagné des asperges violettes de la ferme de Hogge et de saumon fumé maison, célèbre quant à lui le printemps avec beaucoup de finesse. Plus loin, le Tartare de dorade, relevé de yuzu, de soja, de gingembre et d'un délicat ajo blanco, apporte une fraîcheur parfaitement maîtrisée, tandis que le Carpaccio de betteraves rouges, pickles de radis, graines de courge grillées et espuma de petits pois à la menthe, affirme une lecture végétale pleine de légèreté.

Les plats poursuivent cette même philosophie. La Volaille bio de la ferme de Way, rôtie et accompagnée d'un jus aux morilles et de pommes dauphines, joue une partition généreuse et réconfortante. Le Filet pur de Salers grillé, tombée d'épinards à l'ail, échalotes confites et jus à la Bordelaise, rappelle l'attachement du chef aux grands classiques. Plus au sud, la Queue de lotte rôtie en croûte de chorizo, servie avec un velouté d'asperges à la citronnelle, ou le Dos de lieu jaune, crevettes grises, anguille fumée et jus d'arêtes au Noilly Prat, illustrent cette cuisine ouverte sur le monde, sans jamais perdre son équilibre.

Les desserts prolongent cette douceur de vivre. Le Moelleux au chocolat 74 %, cœur caramel beurre salé et glace praliné maison, répond à la Rhubarbe confite façon Tatin, crumble spéculoos et espuma fromage blanc-vanille, tandis que le Biscuit moelleux aux amandes, pamplemousse rosé, poivre de Timut et ganache montée chocolat blanc-vanille apporte une finale lumineuse.

Au El Patio, on comprend rapidement que chaque plat raconte davantage qu'une recette. Il raconte une rencontre, un pays, un souvenir, une émotion. Cette cuisine de cœur, nourrie par les voyages de Matthieu Van Dieren, ne cherche jamais à démontrer. Elle cherche simplement à partager.
Et c'est sans doute là que réside toute la personnalité d'El Patio : une maison vivante, chaleureuse et sincère, où l'on vient bien sûr pour manger, mais surtout pour vivre, le temps d'un repas, un voyage autour des saveurs.

LD · Eating · juillet 2026