Quand l’IA s’invite au rayon vin : les supermarchés savoyards adoptent un caviste virtuel, la profession grince des dents

3 août 2026

Pour enrayer la chute des ventes de vin en grande surface, plusieurs enseignes de Savoie et Haute-Savoie (France) misent sur « Advisor Elio », une borne interactive animée par une IA. Un outil de conseil inédit qui vise à reproduire l’expérience en boutique, mais qui suscite de vives réserves du côté des cavistes traditionnels.

Face au casse-tête de l’allée des vins, où les consommateurs hésitent souvent devant des centaines de bouteilles, trois supermarchés de la région (Super U Magland, Intermarché Lugrin et Leclerc Chambéry) ont franchi le pas. Depuis début 2026, ils proposent à leurs clients un conseiller d’un genre nouveau : un caviste 100 % virtuel nommé Elio.

Développé par la société française Etinsy, ce dispositif interactif prend la forme d’une borne équipée d’un avatar humanoïde. Contrairement aux simples écrans tactiles, Elio permet d’échanger directement à voix haute pour obtenir une recommandation sur mesure selon le menu du soir, le budget ou les préférences du client, tout en tenant compte du stock réel du magasin.

Relancer le conseil pour booster les ventes

Cette innovation vise un objectif commercial bien précis : compenser le désamour croissant des Français pour le vin en grande distribution. Selon les données de Circana relayées par Etinsy, les ventes de vins tranquilles y ont chuté de 4,3 % entre 2023 et 2024, soit un trou d’air de 35 millions de bouteilles.

À l’inverse, le secteur des cavistes indépendants progresse. Pour le concepteur de la borne, le constat est limpide : là où il y a du conseil, il y a de la croissance. L’IA se présente ainsi comme un levier pour apporter de l’expertise là où le personnel manque parfois de disponibilité, sans pour autant remplacer les équipes.

La colère des cavistes : « Le vrai conseil est humain »

Du côté des professionnels du secteur, l’initiative passe toutefois assez mal. Johannes Marcon, président du syndicat des cavistes professionnels, y voit surtout un coup marketing sans réelle plus-value :

« La grande distribution vient de se rendre compte que le conseil est important et plutôt que de le rendre humain, on le virtualise […] La vraie valeur ajoutée, c’est d’avoir quelqu’un en chair et en os qui vous transmet sa passion et sa proximité avec le vigneron. »

Pour le syndicat, la subjectivité et la chaleur du contact humain restent irremplaçables. Malgré ces critiques, la société Etinsy ne compte pas s’arrêter là et prévoit déjà de déployer son avatar intelligent dans d’autres supermarchés à travers la France.

La Rédac