JC est un gros con

5 novembre 2026

JC est un gros con.
Un con complet, intégral, premium. Un con avec options, finition cuir et jantes alu. Le genre qui se croit fin, qui rit à ses propres blagues, et qui est persuadé que le monde tourne autour de sa tronche.

L’autre jour, il réserve pour le samedi soir. Un restaurant. Puis un deuxième, « au cas où ». Puis un troisième, « parce que, bon, on verra ». Trois tables, trois personnes au bout du fil qui notent son nom avec le sourire, se réjouissent. Et lui, au milieu, qui se prend pour un chef d’État en train de choisir sa ville de villégiature.
Le samedi, apéro chez lui. Les amis débarquent, les olives circulent, le rosé coule. Quelqu’un demande : « On va où ? »
Et là, JC sort sa trilogie, tout fier, comme un rat qui a trouvé trois fromages.

« Alors, j’ai trois options. »

Trois. Il a réservé trois restaurants pour sa seule bouche à nourrir, et il se demande encore lequel de ces trois-là aura le privilège de supporter sa gueule. On débat. On scrolle les avis. On compare les menus, les parkings, la météo, l’état de la prostate du voisin. Il est vingt heures, tout le monde a faim et plus personne n’a envie de marcher : on prend le plus proche.

Et les deux autres ?

Ah, les deux autres, JC s’en bat les nouilles.
Pas un appel. Pas un message. Pas un « désolé ». Même pas un pigeon voyageur.
Dans le premier, une table de six reste vide. Le chef avait taillé, mijoté, dressé. La serveuse avait écrit « JC » sur le plan. À vingt heures, elle regarde la porte. À vingt et une heures, elle regarde le plafond. À vingt-deux heures, elle débarrasse en silence en se disant qu’elle aurait mieux fait de rester chez elle.

Dans le deuxième, rebelote. Six couverts. Des clients refusés toute la semaine parce que « la salle est complète ». Un patron qui fait ses comptes et qui sait déjà que son samedi vient de se faire enc… par un blaireau qui a pensé à lui pendant exactement quinze secondes.

Et dans le troisième ?

Dans le troisième, un gros con, venu avec ses potes, en retard, sans excuse, avec l’air d’un mec à qui on doit quelque chose. II a pris la table de JC. Il commande une bouteille qu’il ne sait pas boire. Il critique la musique. Il demande si la table près de la fenêtre est libre, alors qu’on lui a donné la meilleure, celle qu’il n’a même pas pris la peine de remercier. Il tape sur son téléphone pendant que le chef sort ses plats, et il dit « c’est pas mal » avec la grâce d’un notaire qui tousse.
Il ne le saura jamais. Il dormira très bien. Les cons dorment toujours très bien.

Alors, JC, écoute-moi une minute.

Le chef avait commandé pour toi. La brigade avait préparé pour toi. D’autres, qui voulaient vraiment venir, ont dû repartir.
Sache ce qu’on voit, de l’autre côté de la porte.

On y voit celui qui réserve comme on s’abonne à une newsletter : trois clics, on verra bien. Celui qui réserve dans trois restaurants le même soir et choisira à la dernière minute, du fond du canapé. Celui qui hausse les épaules : « C’est pas grave, ils ont du monde. » Celui qui se dit qu’un coup de fil, c’est trop, et que de toute façon personne ne lui en voudra. Celui qui « avait oublié », comme on oublie un parapluie quand il drache. Celle qui promet de rappeler, et ne rappelle jamais.

On y voit aussi ceux qui grimacent quand on demande un acompte : « Quelle méfiance. » Ou qui se gercent d’une empreinte de carte bancaire : « Quelle hospitalité. »
Les mêmes qui n’oseraient jamais poser un lapin à leur médecin, ni à leur coiffeur.
Au restaurateur, si : lui ne dira rien.

Sache que ce n’est pas qu’un couvert qui reste vide. Sache qu’on ne dérobe pas un portefeuille mais une soirée entière : le travail d’une équipe, un produit qui ne reviendra pas, une chaise qui aurait pu faire vivre quelqu’un.
Sache que toi, tu paies tes concerts des mois à l’avance, sans broncher, et que tu ne laisserais jamais un fauteuil vide devant une scène en te disant « finalement, j’avais pas envie ». Là-bas, la place est due.
Au restaurant, la table ne l’est qu’à l’instant où tu viens. Et quand tu ne viens pas, c’est quelqu’un d’autre qui règle l’addition : un homme ou une femme debout depuis midi, qui ne dira rien.

Voilà ce que fait un JC. Pas besoin de cagoule, pas besoin d’arme : un téléphone, un orgueil surdimensionné (lol), et le sentiment profond que des restaurateurs sont là pour lui servir de plan B.

Alors écoutez bien, vous tous, c’est simple, c’est même gratuit.

Vous réservez ? Vous venez.
Vous ne venez pas ? Vous prévenez.
Quinze secondes. Un appel. Un putain de message…
Et si vous hésitez entre trois restaurants, hésitez avant de réserver, pas après, bande de petits malins.

Et si, en lisant ça, vous avez eu une petite pointe de gêne : appelez le restaurant. Il est encore temps.

Ne soyez pas comme JC. Ne soyez pas un gros con.

LD