La cheffe slovène, trois étoiles Michelin à Hiša Franko, ne se rendra pas à la cérémonie des World’s 50 Best Restaurants, le 4 novembre à Lima. Elle estime que le classement donne trop de place aux relations publiques et à la visibilité.

Elle ne sera pas à Lima. Ana Roš, l’une des cheffes les plus admirées de la planète, a annoncé sur Instagram que ni elle ni son équipe ne se rendront à la cérémonie des World’s 50 Best Restaurants. Un geste qui ne passe pas inaperçu, et qui relance le débat sur l’influence de la communication, des réseaux et des intérêts économiques dans les grands classements : que mesure-t-on vraiment ?
Le prix de la visibilité
Ce qu’Ana Roš dénonce, ce n’est pas un détail. C’est un mécanisme. Inviter, à grands frais, des votants, des influenceurs, des prescripteurs. Faire venir ceux qui comptent. Les recevoir. Les convaincre. Et, selon elle, subir la pression des organisateurs pour monter des repas à plusieurs mains, non pas pour la cuisine, mais pour la communication. Voilà, dit-elle, ce qu’il faut désormais faire pour exister dans le classement.
Le risque est là, et il est de taille : que la visibilité pèse autant que le travail accompli chaque jour derrière les fourneaux.
Ce qu’elle doit au classement
L’ironie, c’est qu’elle doit beaucoup à ce système. Elle le reconnaît sans détour : le classement a largement contribué à faire connaître Hiša Franko au-delà de la Slovénie, et elle lui doit une partie de sa notoriété internationale. En 2017, elle était d’ailleurs élue meilleure femme cheffe du monde par les 50 Best. Elle tourne aujourd’hui le dos à ce qui l’a révélée, parce que le système, estime-t-elle, a pris une direction qui n’est plus la sienne.
Une autodidacte devenue référence mondiale
Son parcours éclaire la prise de position. Ana Roš se destinait à la diplomatie. Pas d’école hôtelière, pas de brigade classique. À Kobarid, dans la vallée de la Soča, près de la frontière italienne, elle reprend en 1999, avec son compagnon d’alors Valter Kramar, la maison de campagne ouverte dans les années 1970 par les parents de celui-ci. Elle prend les commandes de la cuisine en 2002 et construit une cuisine de montagne, de traditions slovènes, de fermentations et de territoire.
Résultat : trois étoiles Michelin en 2023, accompagnées d’une étoile verte pour son engagement environnemental. Une indépendance devenue référence mondiale, loin des capitales et des circuits balisés.
Quand une cheffe de ce niveau choisit de ne plus jouer le jeu, la question n’est plus seulement la sienne.
La Rédac