Racisme européen, réussite africaine : l’étonnant parcours du chef Christian Yumbi

15 juillet 2015

Honoré en Afrique avec le titre de « Star chef » 2014 grâce à un concours télévisé panafricain, le chef Christian Yumbi s’épanouit dans son restaurant « Re-Source » à Kinshasa, en République démocratique du Congo. Mais son parcours rappelle aussi le poids du racisme en Europe et la difficulté d’être noir, que ce soit dans la rue ou en cuisine.

Un rêve africain en Belgique : ouvrir un restaurant et montrer ce que peut être une grande cuisine africaine. Mais la dure réalité du terrain a rattrapé les envies de Christian Yumbi. Si la Belgique l’a révélé, c’est dans son pays d’origine, en République démocratique du Congo, que s’épanouit désormais Christian Yumbi, sacré « Star chef » 2014 par un concours télévisé panafricain, et promoteur d’une cuisine dont on ignore encore tout : une « congolaise moderne » selon les mots du chef.

Christian-Yumbi

« Ce qui importe le plus pour moi, c’est le plaisir de mes clients, lorsqu’ils dégustent par exemple un plat de légumes à sucer, à croquer ou à boire », explique Christian Yumbi, en travaillant debout dans la cuisine ouverte sur la piscine et le petit jardin de son restaurant « Re-Source » à Kinshasa. Dans un pays où la grande majorité de la population peine à manger à sa faim, le choix des aliments est bien souvent peu varié et d’abord dicté en fonction de leur vertu roborative. A l’inverse, le chef congolais innove à partir des produits locaux avec des créations légères.

Né en 1976 et titulaire d’un master de l’École Ritz Escoffier de Paris, le chef a fait ses premiers pas en cuisine en Belgique. Étudiant à Bruxelles, « je nettoyais les assiettes pour financer mes études », raconte celui qui rêvait alors de devenir fonctionnaire. Christian Yumbi affirme avoir tenté sans succès de se faire une place dans de grands restaurants belges. « J’avais atteint un bon niveau, dit-il, mais il m’était presque impossible de devenir chef parce j’étais noir et africain. (…) Déstabilisé, frustré, froissé, j’avais du mal à survivre. »

En 2004, il obtient un crédit de 19.000 euros et ouvre son premier restaurant en Belgique, fidèle à l’esprit du « Slow food », mouvement international créé en réaction à l’expansion de la restauration rapide et à l’uniformisation du goût : « C’était un peu le retour à la source, d’où le nom de mon restaurant Re-Source. » En 2006 vient la reconnaissance par le guide gastronomique français Gault & Millau. Mais en 2008, la conjonction de la crise financière et d’un racisme latent qu’il ne supporte plus le décident à revenir au Congo. « Je suis allé en Europe par la force des choses. Malgré les efforts fournis – j’ai étudié, j’ai créé mon business, épousé une Belge, je parlais néerlandais – je me sentais toujours étranger. Le comble c’est que comme j’avais une belle voiture, la police m’arrêtait souvent et me demandait si j’étais joueur de football ou vendeur de drogue », se souvient-il.

De retour à Lubumbashi (sud-est), deuxième ville de l’ex-Congo belge dont il est originaire, il…

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par Franck Pinay-Rabaroust, avec l’AFP – Source Atabula.com