S’inscrire dans la nature

À Flobecq, au cœur du Pays des Collines, certaines maisons semblent appartenir au paysage depuis toujours. Le Vieux Château est de celles-là. Quelques pas suffisent pour changer de monde. Depuis la rue du Docteur Degrave, un chemin de pierres puis un passage entre les arbres dessinent comme un parcours initiatique. On quitte peu à peu la route, le bruit s’efface, et le domaine apparaît.

L’édifice du XVIIᵉ siècle révèle alors sa double personnalité : un corps principal resté majestueux et ancestral, dominant les anciennes douves et le parc, et une aile contemporaine venue s’y adosser avec délicatesse. Ce cube de verre, qui abrite la cuisine et une salle inondée de lumière, crée un contraste saisissant entre mémoire et modernité. L’ensemble est somptueux, mais jamais ostentatoire. Une architecture qui semble s’inscrire naturellement dans la nature environnante.

Ce décor est le terrain de jeu de Tanguy De Turck. Sociologue de formation, rien ne le destinait à la cuisine sinon une conviction intime : accomplir un rêve d’enfance. Autodidacte appliqué et passionné, il découvre au début des années 2000 ce château alors abandonné et y voit une toile blanche. Ce qui n’était d’abord qu’une petite taverne est devenu, au fil des années, une maison solide et structurée, aujourd’hui inscrite parmi les tables étoilées du pays.

Sa cuisine reflète ce parcours. Les assiettes de Tanguy De Turck proposent une lecture contemporaine, claire et enthousiaste du produit. Tout y est lisible : un ingrédient au centre, des parfums et des textures en soutien, une exécution précise mais jamais démonstrative. Ici, la subtilité remplace l’esbroufe et la maîtrise se révèle dans la retenue.

Le chef assume aussi une démarche profondément engagée. Dans un monde où l’environnement se fragilise et où l’agriculture paysanne disparaît peu à peu, il choisit la proximité et la cohérence. Les producteurs locaux occupent une place essentielle dans sa cuisine, les légumes y tiennent souvent un rôle central et les saisons dictent le rythme des menus. Sous ses mains, le simple devient noble et le naturel devient structure.

Ses menus végétaux en sont sans doute la plus belle illustration. Pensés « dans le sens des légumes », ils révèlent une sensibilité profondément ancrée dans la terre et les saisons. Les assiettes deviennent alors presque picturales : délicates, romantiques, mais toujours guidées par le goût.

Mais Le Vieux Château ne se résume pas à un décor ni à une étoile. C’est une maison animée par une équipe soudée, du jardinier qui cultive les herbes jusqu’au sommelier qui compose les accords. En salle, Davina Declercq donne le ton avec cette précision et ce sourire qui apportent au service une chaleur discrète.

On quitte cette table avec un sentiment rare : celui d’avoir vécu un moment suspendu. La sensation d’avoir rencontré ce que doit être un grand restaurant — une cuisine sincère, une vision claire et une attention totale portée à l’hôte. Dans ce domaine entouré de nature, la gastronomie semble simplement prendre le temps de raconter une histoire.

LD - 11/03/26