La Fermette
Au bout du chemin, la belle auberge
Le bonheur, pour certains, se cache dans le clinquant et les artifices. À La Fermette, il préfère la retenue. Il se glisse dans un feu ouvert qui crépite encore, dans une façade de pierres du pays, dans cette sensation rare qu’ici, le temps ne cherche jamais à accélérer.
Pour rejoindre Falaën, il faut quitter Dinant, grimper les hauteurs mosanes et accepter de ralentir. Le château-ferme apparaît, immuable, puis le village déroule son calme comme une évidence. Là, au détour d’une route presque peinte à la main, La Fermette continue d’incarner cette idée devenue précieuse : celle d’une vraie auberge de campagne, profondément humaine et sincère.
Depuis des années, la maison avance sans bruit, mais avec une remarquable constance. Pierres anciennes, atmosphère chaleureuse, tables généreuses ; rien n’a été pensé pour séduire artificiellement. Tout semble avoir été construit pour durer.
Dans la salle, le feu dicte toujours son propre rythme tandis qu’en cuisine, Michael Vancraeynest poursuit avec conviction une ligne profondément ancrée dans le terroir et la proximité. Le chef travaille le réel, les saisons, les producteurs voisins. Une cuisine lisible, gourmande et cohérente, où la technique reste au service du plaisir immédiat.
Le menu saisonnier illustre parfaitement cette philosophie. La Salade de petits pois à la française, crevettes grises fraîches et en glace, les Asperges vertes de la Ferme de la Couture, condiment cresson-wasabi et sauce maltaise ouvre le repas avec fraîcheur et précision. Le Filet de rascasse, accompagné d’asperges blanches et de guanciale, relevé par une mousse d’ail des ours au siphon, affirme une lecture plus ample et végétale.
Puis viennent le Filet de veau, piperade, chorizo et vinaigre maison réduit, ou encore l’incontournable Entrecôte grillée au feu de bois, sauce béarnaise et pommes de terre aux épices, véritable signature de la maison. Les Fromages de Falaën et d’ailleurs prolongent ce lien au territoire avant une finale délicate autour de la Meringue, pomme Granny, kiwi, chocolat blanc et chantilly mascarpone.
Mais à La Fermette, impossible de ne pas évoquer le mythique menu homard, attendu chaque année par une clientèle fidèle qui traverse parfois la Belgique pour lui seul. Une véritable tradition de maison devenue presque culte au fil du temps.
Du 10 mai au 30 juin, le crustacé y est décliné avec générosité et gourmandise : Pinces au court-bouillon, petits pois, rhubarbe et betteraves rouges ; Queue rôtie, oignons doux et craquelin parmesan ; Cappuccino de homard ; puis Homard grillé au feu de bois et thym frais avant les Fraises de Falaën en douceur finale. Un menu emblématique qui résume parfaitement l’esprit du lieu : généreux, convivial, précis et profondément attaché au plaisir de recevoir.
Et puis il y a Sarah. Présente avec cette élégance discrète des grandes maîtresses de maison, elle accompagne chaque table avec une attention sincère et une chaleur qui donnent au lieu son supplément d’âme.
Une adresse profondément humaine où la simplicité, la bienveillance et l’authenticité font loi. Un coup de cœur qui se répète, sans jamais s’user.
LD · Eating · juin 2026
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