La Fermette
Au bout du chemin, la belle auberge
Le bonheur, pour certains, se cache dans le clinquant et les artifices. Ici, il préfère la retenue. Il se lit dans un décor sans emphase, dans une poésie discrète qui opère à chaque venue.
Pour y parvenir, il faut quitter Dinant, grimper sur ses hauteurs mosanes, accepter de s’éloigner pour mieux arriver. Arriver ailleurs. Dans l’un des plus beaux villages de Wallonie, à Falaën, après avoir laissé le regard s’attarder sur le château-ferme qui veille, immuable. À cet instant précis, on comprend qu’il faut saluer le temps, lui donner raison, s’incliner presque. Ici, il n’use pas, il accompagne. Au détour d’une route champêtre, comme née d’une toile ancienne, se révèle La Fermette.
Depuis longtemps, la maison vit au rythme d’une belle auberge assumée: pierres du pays, lierre accroché à la façade, et cette impression que rien n’a été forcé. Les gourmands d’hier et d’aujourd’hui s’y retrouvent pour une cuisine qui n’a jamais cherché à impressionner, seulement à durer. Là où ailleurs le temps mord, ici il caresse.
Dans la salle, le feu ouvert continue de dicter son tempo. Les côtes à l’os racontent encore leur histoire, fidèles à la signature, pendant que l’on découvre une cuisine pensée avec cohérence et générosité. Michael Vancraeynest a fait le choix d’un engagement simple et clair: celui de la proximité. À rebours d’une alimentation qui piétine le bon sens et les petits producteurs, il cuisine le réel. Entre ses mains, le populaire s’ennoblit, et le naturel devient évidence.
Le menu Saisonnier en est le témoin le plus juste, décliné en 3, 4, 5 ou 6 services, avec un rapport prix-plaisir réjouissant. Carpaccio de crevettes rouges, crème d’anguille fumée, yuzu et Granny Smith. Saint-Jacques et boudin noir, coing et jus de betterave au balsamique blanc. Pithiviers de canard de la ferme de la Sauvenière, servi tiède, beurre de vin rouge au laurier.
Suivent le poisson du jour au Noilly Prat monté au beurre fumé, l’entrecôte au feu de bois et sa béarnaise, le magret de canard accompagné d’un mille-feuilles de pommes de terre à la truffe blanche. Les fromages de Falaën et d’ailleurs, puis le chocolat décliné en ganache, caramel ou cacahuète, ferment la parenthèse avec douceur.
Et puis il y a Sarah. Plus qu’une maîtresse de maison, une présence complice, attentive, qui accompagne chaque table comme on veille une histoire en train de s’écrire.
Une adresse profondément humaine où la simplicité, la bienveillance et l’authenticité font loi. Un coup de cœur qui se répète, sans jamais s’user.
LD
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