Là où la cuisine commence la phrase, et le vin l’achève

À Mont-sur-Marchienne, Table & Vin ne se visite pas vraiment : il se rejoint. Comme on rejoint une maison complice, un refuge discret dont on sait déjà, avant même d’entrer, que le moment comptera. Il suffit de pousser la porte. Le couloir est étroit, presque intime. À portée de main, les tables d’un côté, les bouteilles alignées dans le cellier de l’autre, comme une bibliothèque vivante. On pourrait presque tendre les bras et toucher à la fois l’assiette et le vin. Et tout au fond, il y a les hommes. Et le feu.

Ici, deux voix se répondent avec une justesse rare : celle de l’artisan et celle de l’orfèvre. Avant le vin, avant même la salle, c’est la cuisine qui trace la première ligne. Aux fourneaux, Pierre-Luc Husson cultive une générosité sincère, une cuisine enracinée dans le goût et dans le respect du produit. Rien d’inutile, rien de tapageur. Juste des gestes précis, construits autour d’un savoir-faire patiemment acquis et d’une conviction simple : laisser parler la matière.

Les Suprêmes de caille laquées, relevées d’une sauce teriyaki et accompagnées d’une salade de pousses d’épinards, ouvrent le bal avec finesse. La Cassolette de pied de porc désossé, lentillons de Champagne et foie gras de canard, portée par un jus brun profond, affirme une gourmandise terrienne. Le Gratin de mini macaroni à la cancoillotte et truffe fraîche vient apporter sa note réconfortante et parfumée. Puis arrivent les Saint-Jacques de Normandie, posées sur une embeurrée de chou blanc et nappées d’un beurre blanc aux agrumes, dans un équilibre délicat entre richesse et fraîcheur.

Les plats prolongent cette même ligne de cuisine sincère et précise : Merlan de bœuf Charolais, échalotes confites et sauce bordelaise ; Gambas sauvages, fenouil, jus de langoustines, sabayon au safran et huile d’olive ; ou encore Volaille de 100 jours pochée, sauce au vin du Jura, comté et noix. Une cuisine comme hier, mais maîtrisée, lumineuse et vivante. Une cuisine vraie, terrienne et généreuse, où la précision ne bride jamais le plaisir.

Puis vient le vin, comme une réponse naturelle. Dans le cellier, les bouteilles racontent déjà des histoires, mais ici elles ne dictent rien. Elles accompagnent. Thierry Jacques, maître-sommelier à l’œil rieur, ne parle jamais du vin pour impressionner. Il parle pour partager. L’homme a connu les grandes maisons belges et les palaces parisiens, du Comme chez Soi à Taillevent ou au George V. Aujourd’hui, il a laissé derrière lui les costumes dorés, mais pas la grâce ni l’élégance du métier. Chaque flacon, il le tourne, le pèse, le raconte avec une gestuelle complice. Ici, le vin ne dirige pas : il répond. Il prolonge les assiettes, éclaire les sauces, apaise parfois, décide souvent.

Et puis il y a ce moment suspendu. L’assiette posée, le verre servi, les regards qui s’accordent. Une seconde de silence, presque imperceptible, où tout se met en place. C’est là que se révèle l’âme de Table & Vin : un dialogue calme entre deux artisans qui parlent le même langage. La cuisine commence la phrase. Le vin l’achève.

On quitte la maison avec cette sensation rare d’avoir été accueilli, et pas simplement servi. Une maison où l’on ne triche pas, où la cuisine précède, où le vin éclaire, où l’hospitalité relie tout. Une maison qui donne, qui reçoit… et qui fait profondément du bien.

LD • 10/03/26