Le beau temps présent

À Marche-lez-Écaussinnes, Studio 97 existe depuis quelques semaines à peine ; et pourtant, rien n’y sonne comme une naissance.

Derrière ce nom presque clinique se révèle une table résolument contemporaine, pensée comme un atelier plutôt que comme une scène. Tout semble déjà en place, réfléchi, dessiné, assumé. Rien n’est décoratif au hasard, rien ne déborde, rien ne manque.
L’assiette précède le discours, la technique sert le propos, chaque plat arrive avec une forme de calme détermination. Comme si la maison avait pris le temps… avant même d’exister.

Et si cette maturité frappe autant, c’est parce qu’elle est portée par une jeune cheffe de 28 ans, déjà riche d’un parcours qui dépasse largement les frontières du village.
Déborah Milioto a affûté son regard et son geste dans de belles maisons proches, mais aussi bien plus loin : Essa à Brisbane en Australie, Paloma Plage en Corse, et surtout le Cheval Blanc à Saint-Barth, où l’exigence, la précision et la constance prennent une dimension autre.
Des expériences qui laissent des traces : une rigueur discrète, une ouverture sur le monde aussi. Et une capacité à penser l’assiette comme un tout, à aller à l’essentiel sans se perdre en chemin ; sans jamais perdre le fil du goût.

Au Studio 97, cette trajectoire se lit sans être revendiquée. Elle s’exprime dans la maîtrise des tensions, dans la justesse des cuissons, dans cette manière très sûre de ne jamais en faire trop. Une cuisine déjà construite, mais encore vivante, curieuse, en mouvement. À l’image de son auteure.

La cuisine s’exprime à travers deux menus, entièrement distincts l’un de l’autre - c’est rare, auxquels s’ajoute un lunch à part entière, plus direct mais jamais secondaire. Ce choix affirme une intention claire dès l’ouverture : proposer plusieurs rythmes, plusieurs lectures, sans jamais diluer l’identité du lieu.
Les associations sont parfois audacieuses, les produits sont respectés, mais jamais figés. Déborah avance, cherche, affine. Et assume pleinement cette phase de construction vivante.

Ce qui frappe aussi, et surtout pour une adresse si récente, c’est cette envie de cohérence. Les saveurs dialoguent, les textures se répondent, les assaisonnements refusent la facilité comme l’effet immédiat. Une gastronomie qui ne force rien, mais qui raconte déjà beaucoup.

La salle prolonge naturellement cette intention. Cuisine ouverte, volumes généreux, tables spacieuses : ici, on respire. Les murs clairs dialoguent avec le bois brun du mobilier, les chaises à assise en corde tissée apportent une douceur tactile presque méditative. Le lieu est vaste, sans jamais devenir froid. Aux beaux jours, la terrasse ajoutera une respiration supplémentaire.

Le service accompagne avec la même justesse. Professionnel, précis, sans raideur, souriant et amène. On sent une équipe déjà alignée, sereine, portée par le même tempo que la cuisine. La carte des vins, intelligemment construite, soutient le propos avec finesse, tout comme les accords sans alcool, pensés comme une véritable alternative, jamais comme un simple supplément.

La réalisation de l’ensemble est, disons-le, remarquable, voire magistrale. Et pour une maison qui vient à peine d’ouvrir, c’est infiniment rare pour être souligné.
Créer, dès les premières semaines, un lieu aussi lisible, aussi apaisant, aussi cohérent, relève aujourd’hui presque de l’exception.

En sortant de Studio 97, la vie nous a peut-être rattrapé.
Mais l'espace d'un moment, on a respiré autrement.

LD