Il aura fallu un simple pépin de raisin, oublié dans les latrines d’un hôpital du XVe siècle, pour raviver toute une page de l’histoire viticole française.

Derrière ce vestige presque anodin, une découverte fascinante : son ADN révèle qu’il s’agit d’un Pinot noir, rigoureusement identique à celui que nous connaissons aujourd’hui.
Autrement dit, le raisin que nous dégustons encore pourrait être le même que celui consommé à l’époque de Jeanne d’Arc. Une continuité saisissante, rendue possible par une technique que les vignerons maîtrisent depuis des siècles : la reproduction clonale, notamment par bouturage.
Retrouvé à Valenciennes parmi des déchets alimentaires médiévaux, ce pépin constitue une véritable capsule temporelle. Était-il destiné à être consommé tel quel ou transformé en vin ? Le mystère demeure. Mais l’analyse de son génome, elle, ne laisse aucun doute : la vigne dont il est issu est génétiquement identique au Pinot noir actuel, confirmant que ce cépage emblématique a été reproduit sans interruption depuis plus de 600 ans.
Cette découverte soulève de nombreuses questions. Pourquoi avoir conservé cette variété avec autant de constance ? Pour ses qualités gustatives, sa résistance, sa capacité d’adaptation ? Autant de pistes que les chercheurs commencent aujourd’hui à explorer grâce aux outils de la génétique.
L’étude ne s’arrête pas là. En analysant 54 pépins de raisin, allant de l’âge du bronze à l’époque médiévale, les scientifiques ont mis en évidence que la reproduction clonale était déjà maîtrisée bien plus tôt qu’on ne le pensait, dès l’âge du fer. Une pratique ancienne, longtemps soupçonnée à travers les textes, mais désormais confirmée par la science.
Ces recherches révèlent également l’intensité des échanges autour de la vigne. Dès l’Antiquité, des variétés venues d’Espagne, des Balkans, du Caucase ou encore du Moyen-Orient circulaient à travers l’Europe. En France, les premières vignes domestiquées apparaissent autour du VIe siècle avant notre ère, probablement introduites par les Grecs installés à Marseille.
Enfin, l’étude met en lumière des croisements entre vignes sauvages locales et cépages domestiqués, notamment dans le nord du pays. Des hybridations qui ont pu être naturelles, mais aussi volontairement encouragées, afin d’adapter la vigne aux terroirs et aux climats.
Derrière ce simple pépin, c’est toute une histoire qui refait surface : celle d’un cépage traversant les siècles, façonné par la main de l’homme, mais fidèle à lui-même. Une mémoire vivante, enracinée dans le temps, qui continue aujourd’hui de s’exprimer dans chaque verre de Pinot noir.
La Rédac · Source AFP