À Wine Paris, l’un des plus gros salons mondiaux du secteur, le message est clair: le vin sans alcool n’est plus une curiosité périphérique.

Pour la première fois, un espace dédié, « Be No », rassemble 65 producteurs venus de douze pays. Le symbole d’un segment qui gagne en visibilité au moment même où la consommation d’alcool recule durablement.
Le principe est désormais bien rodé: après fermentation, le vin est désalcoolisé par distillation sous vide à basse température afin de préserver au maximum sa structure aromatique. Reste un défi majeur: l’équilibre. Une fois l’alcool retiré, il faut retravailler la matière pour éviter acidité excessive ou perte de volume. Sous 0,5 %, le produit peut revendiquer l’appellation « sans alcool »; au-delà, jusqu’à 10,5 %, il entre dans la catégorie des vins à faible teneur en alcool.
Pour les producteurs, l’enjeu dépasse l’effet de mode. Baisse de la consommation en France, pression sur les exportations, contraintes climatiques: la filière viticole traverse une période d’ajustement profond. Le sans alcool apparaît alors comme une extension de gamme, destinée à accompagner les nouveaux comportements plutôt qu’à remplacer le vin traditionnel.
Le profil des consommateurs évolue. Femmes enceintes, sportifs, abstinents ponctuels, seniors sous traitement ou amateurs souhaitant modérer leur consommation: ces “flexi-drinkers” représentent déjà près d’un Français sur deux selon certaines études. Le marché reste plus mature en Allemagne ou au Royaume-Uni, mais la dynamique française s’accélère.
Des acteurs établis commencent à s’y intéresser, donnant un signal fort, même si le segment demeure encore niche et suscite des débats sur la qualité et la fidélité au produit d’origine.
À Wine Paris, le ton se veut mesuré. Le vin désalcoolisé n’est ni un Eldorado ni une révolution. Il s’impose plutôt comme un outil d’adaptation. Une manière, pour une filière en mutation, d’élargir son terrain sans renier son identité.
La Rédac