Château de Jabastas
Vins
Quand vous entendez le mot Bordeaux, souvent, votre petit cerveau se met à saliver de bonheur à venir. Ou presque. A moins, que vous ne soyez un de ces maniaques du vin pour qui Bordeaux évoque plutôt l’ennui, même si vous n’avez plus rien goûté en provenance de cette zone depuis au moins le dernier hit de Mireille Mathieu. Si en plus on vous parle de Bordeaux Supérieur, vous avez les moustaches qui frémissent en forme de point d’interrogation. Qu’est ce que cela veut dire « supérieur » ?
Je sais, je suis comme vous, la grande jungle des nomenclatures franchouillardes me laisse souvent perplexe. C’est un peu un sommet de ringardise, non, ce « supérieur » ? Au départ on pourrait le croire, c’est évident, et pourtant, en une grosse trentaine de millésimes, cette appellation est parvenue à se tailler un bel espace vital et à justifier cette notion. Non pas que tous soient merveilleusement supérieurs à la moyenne des Bordeaux, mais dans l’ensemble, il y a une belle uniformité qualitative. Comme quoi, hein, parfois il faut aller un peu plus loin que le cliché de base. Bordeaux n’est pas que la patrie des vins les plus scandaleusement chers du monde, c’est aussi une région viticole à part entière, une mosaïque d’appellations, cinquante-sept si je ne dis pas de bêtises, où il est encore possible de faire des « découvertes » et de bonnes affaires. Ne vous laissez pas intoxiquer par les relents nauséabonds et bling-blinguesques des tarifs de certains vins primeurs, ils ne sont qu’une toute petite part de la réalité. Bordeaux c’est aussi du vin fait pour se faire plaisir sans se prendre la tête ni s’exploser l’Amex Gold.
Situation : l'essentiel de la production des Bordeaux Supérieurs se situe dans l'Entre-deux-Mers, à l'est de Bordeaux. Pour faire simple. Le Château de Jabastas se situe à l’entrée de la région, sur la commune d’Izon.
Sols : l’appellation se situe surtout sur des sols argilo-calcaires pour l'essentiel, mais sur une aussi vaste étendue, on ne peut pas parler d'homogénéité véritable des sols. On peut trouver des graves, du calcaire tendre affleurant, parfois même des sables, et j’en passe et des meilleures.
Assemblage : 66% merlot et 34% cabernet-sauvignon, ceci concerne le millésime 2003, mais d’une année à l’autre, avec quelques pourcents de variations, on est toujours face à une majorité de merlot, ce qui donne au vin un caractère plus rond, plus mûr que les vins à majorité de cabernet.
Elevage : 15 mois en cuves ciment pour le 2003. Certes, dit comme cela ça fait moins chic que le sempiternel « élevé en barrique de chêne ». C’est vrai, mais cela ne concerne qu’une partie de la production, et puis, vraiment, la cuve ciment c’est le bonheur pour faire des vins « à boire ». Je sais, tous sont à boire normalement, mais la barrique apporte, en général, des tannins dont on pourrait, souvent, fort bien se passer. L’avantage de la cuve ciment, en dehors de questions d’inerties thermiques, réside justement là. Comme à Jabastas il y a plusieurs cuvées, il y a plusieurs façons de procéder. On traite rarement les rosés en fut de chêne, par exemple…
Dégustation du 2003 (commentaires de la revue belge Vino Magazine) :
« Nez étonnant d’intensité, aux arômes de mûre, de framboise et de griotte.
Bouche racée et dense qui ne manque pas d’élégance et de complexité. Finale harmonieuse d’une longueur exemplaire. »
Pour ma part, je peux ajouter que les quelques millésimes qui m’ont été donnés de goûter se marquent tous par une belle élégance. On est ici face à un vin qui cherche à faire plaisir, simplement, sans poser un tas de questions existentielles pompantes. Pas d’extraction énorme, pas de concentration gênante, pas de sur représentation de la barrique. Bref, du vin, tout simplement. Et, croyez-moi, c’est déjà pas mal.
Et on mange quoi avec ça ? Bien entendu, il y a les classiques fromages à pâte dure. Un jeune Comté d’alpage, un morceau de Mimolette de six/huit mois, voire un Emmenthaler de grottes d’un an. Mais on peut aussi allègrement se faire plaisir avec un peu de roastbeef froid, une salade et des amis sous un cerisier. Pourquoi un cerisier spécifiquement ? Heu…parce que c’est que je vois en vous écrivant. Bref, c’est un vin pour les moments tranquilles entre potes, un peu comme dans la chanson de Bénabar : la Petite Monnaie. « Le Bonheur ça se trouve pas en lingot, mais en p’tite monnaie… »
Agents:
Bordeaux Entrepôts –2550 Kontich - 03/451 09 30.
Bleuzé - 2550 Kontich- 03/450 93 11





