L'Orval
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Il est un phénomène amusant que je découvre au travers de la rédaction de ces pages, ce que j’imagine comme faisant partie intégrante et indestructible de l’identité belge depuis au moins la nuit des temps, est parfois, tout au plus, âgé de quelques décennies.
Au vu de ce que je croise, il faut croire que les années trente ont été en partie les années d’or de la création de produits qui devaient durer. Du Chokotof à la Bière d’Orval. Oui, à la bière Trappiste d’Orval. Bon, d’accord, il y a un précédent. A l’époque de la splendeur rayonnante de l’abbaye, dans les limbes du Moyen Age, on brassait là . C’est sûr, pour plusieurs raisons. D’abord historique : des archives en témoignent ; puis géographique : il est à quelque distance de l’abbaye un lieu-dit nommé la houblonnière et puis pratique : la bière est ce fameux pain liquide nourriture des travailleurs. Et puis, sous nos latitudes, malgré ce que l’histoire moderne raconte, il n’était pas toujours évident de faire pousser la vigne pour élaborer le vin de messe. Donc, bière il y eut.
Et puis la Révolution française et son cortège de saccages passa par là . La rénovation magnifique du début du vingtième siècle demanda des moyens énormes. La bière fut, aussi, une source de rentrées. C’est un laïc d’origine allemande qui recréa la bière d’Orval, en utilisant, notamment un procédé à la mode à l’époque en Angleterre. Comme quoi, hein, un verre d’une bière magnifique, c’est aussi un petit morceau d’Europe. Créée donc par un Allemand, faite en Belgique, avec du houblon tchèque, suivant un procédé partiellement anglais. Quoi qu’il en soit des origines, l’Orval c’est aussi cette bouteille superbe, inchangée depuis aussi loin que ma mémoire remonte. Ce verre étrange du point de vue de la dégustation, puisqu’il est ouvert comme un calice et n’enferme aucun des parfums moelleux de ce produit. La simplicité du graphisme, échappé à ce qu’on dirait, directement de l’époque de création de la bière face à la complexité de la bière, surtout après quelques années en cave, c’est presque un Mystère en soi.





