Le Chipito
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Comme bien des produits, le Chipito tente vaguement de changer de nom pour trouver de nouveaux consommateurs. Mais si, vous le savez, dans la globalisation, les Raider sont devenus Twix, etc., etc., etc.. Le Chipito serait devenu le Cheeto’s mais on s’en tape, entre lui et nous, c’est pour toujours Chipito. Faut pas rire, on va quand même pas se laisser faire par des directeurs marketing, non ? Le Chipito a une odeur forte, surtout pour les doigts. Il se présente sous la forme d’une petite crotte allongée très légère, très très légère. Malgré mon expérience de la dégustation, il m’est assez difficile de déterminer l’ingrédient de base de la chose. Je penche du fromage, mais rien n’est sûr là-dedans. Ces petites crottes allongées sont recouvertes de plusieurs trucs dont un produit qui fait penser au paprika mais en plus jaune. Ce qui en plus de l’odeur donne aux doigts une belle teinte robe de bonze en forme. Mais en plus gras que le bonze moyen. Car il y a aussi une touche un peu grasse. Pour être parfaite, la consommation du Chipito doit se faire par poignée ou, à tout le moins, par plusieurs à la fois. Le Chipito en individuel présente très peu d’intérêt, il manque de mâche, de structure, de fondant, il disparaît trop vite du palais. Tandis que par plusieurs, voire par poignées, il gagne en puissance, il remplit la bouche, comble les espaces interdentaires, nivelle le relief des molaires, colle légèrement entre les gencives et les joues. Cette particularité de structure lui confère toute sa puissance gustative, olfactive et une large part de son plaisir. Il faut, pour vraiment l’apprécier, le suçoter longuement pour que le plaisir soit maximal, ne pas hésiter à se servir d’un bout d’ongle attaché à un doigt pour déloger la boulette. Le Chipito a pour compagnon privilégié le Porto tchède de Nénènne. Celui qui traîne dans son placard au home, et que l’on boit au rythme soutenu d’un verre trimestriel car il y a peu d’espoir d’hériter, du moins dans un délai raisonnable. La combinaison Porto ouvert depuis plusieurs mois, servi à température de pièce (c’est-à-dire aux environs de 25°C dans un home) et Chipito ouverts depuis quelques semaines est largement supérieure aux cacahuètes rances que l’on a trouvé dans le buffet de la grand-tante Eulalie juste avant la vente de la maison et que l’on a accompagné d’un fond de Martini rouge. Y a pas, le Chipito, y a pas grand chose au dessus, même Rocky VI n’est pas plus fort. C’est dire.





