Les oiseaux sans tête
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Aux oiseaux sans tête, a-t-on conservé les ailes et les pattes ? Non, pas plus que la queue. Et pourtant ces oiseaux sans queue ni tête qui ne ressemblent pas plus à des oiseaux que mes textes à un recueil de poésie sont bel et bien des volatiles.
Le sens de ce mot a été perdu par des générations entières de Belges qui de tous temps en ont mangé. Avec des choux, avec des carottes, avec des chicons braisés, avec des pommes de terre sautées. En sauce ou cuit simplement au beurre, l’oiseau sans tête ne fait pas le fin bec, il aime tout compagnon. Si d’aventure un de nos amis français ou québécois voire sénégalais ou tunisien venait à lire cet ouvrage, comprendrait-il mon propos ? Je crains que non. Je vais donc me montrer un rien plus explicite. L’oiseau sans tête est une admirable invention qui allie au filet de bœuf, un haché de porc et de bœuf ou de porc et de veau si l’on veut faire plus compliqué. Il sera préparé par votre boucher ou confectionné par vos petites mains expertes.
Veillez alors à choisir un morceau de filet de bœuf ni trop gros (ça complique encore les histoires niveau cuisson) ni trop fin (la résille, ça laisse filer le haché). Réalisez de petits boudins de haché assaisonné (de 4 cm environ, sinon ce n’est plus un oiseau mais un serpent) que vous entourez de la tranche de bœuf. Voilà , il ne reste plus qu’à les cuire dans du beurre et à trouver un ou deux légumes pour accompagner. Normalement, c’est déjà fait car ce n’est pas au moment de cuire la viande que l’on part acheter les choux, n’est-ce pas ? L’oiseau sans tête se cuit doucement car, s’il lui n’a plus de tête, vous, il doit vous en rester un peu, juste de quoi vous souvenir que ce n’est pas parce que le bœuf est cuit que le haché a suivi. Les Français ont la paupiette et la chair à saucisse mais est-ce vraiment la même chose ? Honnêtement, ce ne doit être qu’une pâle copie. Un peu de chauvinisme n’a jamais fait de tort.





