Le Pain à la Grecque
Le goût des Belges
© Sven Laurent
L’histoire est jolie et figure dans maints ouvrages de gastronomie et guides touristiques. Je ne vais donc pas résister au plaisir de vous la conter. C’est une histoire de langue et comme celles des chats font aussi partie de nos goûts, je ne me prive pas non plus de cette dernière phrase.
Il était une fois dans cette bonne ville de Bruxelles une communauté de frères. Nommée Frères du Tiers Ordre et tout donne à penser qu’ils devaient être effectivement peu ordonnés. Jugez de ce qu’il s’est passé ! Nous sommes il y a plus de 175 ans, au 16e siècle plus précisément. Un jour, alors que la drache faisait crépiter les pavés du Fossé-aux-Loups, un frère boulanger français revêtu d’une longue pèlerine s’annonça à l’huis du couvent. Bon accueil lui fut fait. En son honneur, les cuisiniers du Tiers Ordre cuisirent du pain français. Comme je l’ai dit plus haut, il régnait en ces lieux un tel désordre que même une gatte n’aurait pas retrouvé ses petits et ce qui devait échoir, échut. Et bien échu. Dans le gros sucre. Miam, miam, miam, firent les petits frères en dégustant cette baguette sucrée et en se hâtant d’en préparer quelques kilos de plus.
Le « bruut van de Grecht (pain du fossé) était né. Et il fut du goût, des lustres plus tard, des troupes françaises en petit stage d’occupation à Bruxelles. Ils n’arrêtaient pas de déserter le camp pour aller acheter du pain à la grecque.
Voilà comment naissent les belles histoires et les douces friandises. Le pain à la grecque, parfois très friable, se coupe à l’aide d’une grecque, sorte de couteau-scie, toujours utilisé de nos jours.
S’il n’y en a qu’un à recommander, dégustez le pain à la grecque de la maison Dandoy. C’est un péché de gourmandise à l’état pur.





