La Trappiste de Westmalle
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Le moine cistercien, s’il apparaît de prime abord comme un bonhomme sympathique en robe de bure, au ventre rond et au large sourire, n’est pas le bienveillant individu qu’on imagine. Bien sûr, j’exagère mon propos, c’est d’ailleurs une de mes qualités, cette propension à l’exagération, le moine est débonnaire pour autant qu’on ne lui cherche pas des poux.
Comment chercher des poux à un moine trappiste ? Ben, en le piquant là où il ne faut pas ! A sa bière ! Sa bière trappiste. Une trappiste, ce n’est pas rien, c’est une longue histoire, un savoir-faire, une tradition qu’il ne s’agit pas de galvauder en autorisant un quelconque produit d’abbaye (et encore, là , on a la religion en commun) ou de n’importe quelle brasserie à usurper ce titre. N’est pas trappiste qui veut. La bière doit être produite sur place, à la trappe par les moines. Ils peuvent à l’occasion prendre conseil ou engager du personnel laïc mais l’essentiel du processus de fabrication est leur fait. La production est limitée. Les produits dérivés également. Les bénéfices de vente servent uniquement des causes humanitaires. A Westmalle, ils sont versés aux missionnaires du Congo. Alors, il faut les comprendre, les moines, et les approuver lorsqu’ils lâchent leurs avocats aux basques d’une brasserie américaine qui lance une nouvelle « trappiste » sur le marché. Ou quand en Belgique, on sort une nouvelle bière d’abbaye, inspirée des ruines depuis longtemps refroidies d’un couvent, frauduleusement nommée trappiste. Il ne faut pas rigoler avec les appellations. Leur respect est la seule garantie d’un produit de qualité. Il existe six trappistes en Belgique, une aux Pays-Bas : la Tilburg. En France, en Autriche, en Allemagne, en Bosnie, d’autres vraies brasseries trappistes ont produit de la bière. Ce n’est plus le cas. Peut-être un jour, assistera-t-on à un nouveau brassin… La Westmalle existe sous trois versions, la double, la triple et l’extra. La double, de couleur acajou aux arômes de caramel brûlé et de réglisse, est un grand classique des estaminets anversois. L’abbaye de Westmalle produit aussi quelques bouteilles millésimées. Une autre façon d’apprécier le travail d’un maître brasseur.





