Les galettes
Le goût des Belges
© Sven Laurent
C’est l’histoire d’une arrière-grand-mère et du jour de l’An. De l’odeur de pâte au beurre au frais qui emplissait sa maison la semaine précédant la nouvelle année.
ll ne ménageait pas sa peine et il lui en fallait, des livres de beurre, pour mener à bien son ouvrage. Certes, elle n’était plus aussi gracieuse qu’avant mais ses mains faisaient toujours preuve de la même adresse quand il fallait retourner le fer sur le fourneau. Elle les faisait toutes fines, ses galettes. Comme du papier. Et elle les stockait avec délicatesse dans de grandes boîtes en fer blanc avec les images de la dynastie, enfermées dans le buffet de la salle à manger. Pour le grand jour, elle était prête dès l’aurore. Elle troquait son tablier à carreaux contre un beau chemisier à fleurs orné de son plus beau camée. Un peigne d’écaille retenait son chignon serré sur la nuque. Le défilé pouvait commencer. Les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants. Tout le monde viendrait lui souhaiter son bon an.
Et elle, légère comme l’air et volubile comme un soir électoral, sortirait boîte après boîte du buffet en chêne. Elles étaient toujours pareilles ses galettes, toujours succulentes. Au début de la journée, ce serait le café, fort et sucré comme on le boit chez nous.
A la fin une petite goutte dans un verre grand comme un dé à coudre. On repartait avec notre dringuelle en souriant souvent de ce que le cadeau moderne, un ustensile de cuisine électrique dans la plupart des cas, ne lui avait plu qu’à moitié.
Pour ses galettes, pour son énergie et pour ce jour de l’An que nous terminions exténués, où qu’elle soit : encore merci.





