Le Frisko
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Le Frisko est à la Belgique ce qu’est l’Esquimau à l’Alaska. Même s’ils étaient trois, autour d’un brasero à en écouter un autre qui, sur son banjo, rythmait le mortel ennui d’un pays au soleil de minuit. Y'a pas d’soleil en Alaska. Outchi, outchi awawa. Y'a pas de soleil en Alaska mais à la côte belge, on espère qu’il y en aura l’été prochain.
Ah, la côte Belge, le mortel ennui de ces plages surpeuplées, de ces ballons qui vous sautent à la tête, de ces serviettes qui vous envoient du sable dans les yeux en s’envolant, de ce bruit tout autour. J’allais piquer du nez quand tout à coup, je l’entendis venir. Le petit vendeur de friskos avec sa grosse boîte réfrigérée en bandoulière. Friskoooooo. Ah, comme c’était bon. Je m’étais laissé aller à râler, une fois de plus, oubliant les heures insouciantes de ma jeunesse occupées à tâter du jokari et du matelas pneumatique. La lumière de l’après-midi et le sable sec brûlant quand on revenait de la mer, les cheveux collés par le sel. Friskooooo. Je n’y avais pas droit tous les jours. Mais quelle fête, quand j’avais été assez sage pour le mériter. Je prenais le frisko tout simple. Celui avec sa croûte en chocolat qui une fois sur deux me tombait glacée dans le nombril.
Il finissait toujours par se mettre à fondre un peu partout sur mon maillot mais qu’importe car on retournait quand même à l’eau dans le quart d’heure qui suivait. Pas de méga frisko à l’époque. Le magnum n’existait pas encore. Juste le frisko au chocolat et celui aux noisettes. Mais ma mère avait décrété que les noisettes, c’était pour les grands, alors qu’est-ce que vous voulez ? D’ailleurs, une fois, j’ai goûté et c’était vachement moins bon. Tant mieux.





