Le cuberdon
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Cuberdon ou cuperdon, dit aussi chapeau de curé ; le nom viendrait du flamand « kupe ». S’il est bien un produit typiquement national, c’est celui-là, même s’il change de nom au nord du pays où il se nomme « neuzjes » et est annoncé comme une spécialité brugeoise. Croquez-lui la tête, bouffez-lui la pointe, il adore ça, le cuberdon ! Une fois franchi le croquant de la croûte de sucre, l’intérieur est une gelée souple, fruitée, avec un rien d’acidité. Elle se déguste petit à petit, avec de légers mouvements de la langue, jusqu’au talon de la bête qu’on happe d’un ultime coup de dent. Avant de recommencer, encore et encore.
Savez-vous que si, outre-Quiévrain, vous demandez à un autochtone où se trouve le dépôt de cuberdons le plus proche, il vous regardera comme un étrange étranger ? Pourquoi, comment le cuberdon n’est-il jamais arrivé à franchir les frontières de notre pays ? C’est un mystère total. D’autant que c’est vraiment bon, ce truc. Cette pâte de fruits, cette croûte colorée est un vrai miracle de la confiserie. Si le cuberdon n’existait pas, il est évident que Magritte n’aurait jamais peint « Ceci n’est pas un cuberdon ». Sans cuberdon, point de fusée dans « On a marché sur la Lune ». Les plus grands héros de la bande dessinée doivent tout, ou presque, au petit chapeau rose. Comme les plus grands artistes, je vous le dis. Même Zavatta, le célèbre Achille, s’en est inspiré pour coiffer son acolyte blanc. Dans la vie pratique, sans cuberdon, pas de manœuvres pour l’obtention du permis de conduire. Ni de cônes pour délimiter les zones de sécurité sur les chantiers mobiles le long des autoroutes. Et sans chantiers mobiles, pas de renouvellement des lignes, et sans renouvellement des lignes, pas de lignes. Donc l’anarchie.
Le cuberdon sauvera le monde croyez-moi. Cuberdonnaires de tous les pays, groupez-vous et demain, le monde sera plus conique.





