La gosette
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Ce qu’il y a de difficile dans la gosette n’est pas de l’acheter ou de la manger mais de la manger en conduisant. Pourquoi vous parle-je de ça, objectez-vous ? Vous est-il déjà arrivé de faire l’acquisition d’une ou de plusieurs gosettes encore tièdes et de les déposer à côté de vous sur le siège passager ? Non ? De là , votre objection.
Faites le test, vous verrez. Il y a d’abord l’odeur qui filtre doucement à travers le papier d’emballage. Ensuite, votre ventre qui se manifeste plus ou moins bruyamment en fonction de son état de manque. Enfin, il y a une espèce de bouchon à la sortie de la ville qui commence à vous agacer quelque peu. C’est fatal, si vous êtes normalement constitué, vos yeux vont dériver de plus en plus vers le siège passager. Alors là , de deux choses l’une. Soit vous n’avez acheté qu’une gosette pour vous, il vous est donc facile de céder à la tentation sur-le-champ, vous repasserez bien devant une autre boulangerie plus tard. Soit vous disposez de plusieurs spécimens en vue d’un goûter entre collègues, amis, enfants ou encore, amoureux. Si la quantité peut souffrir une diminution de un, vous n’allez pas hésiter. Dans le cas contraire, c’est l’affreux dilemme. En manger une mais devoir faire demi-tour dans le trafic dense pour compléter le nombre ou faire preuve de maîtrise et perforer un ulcère à l’estomac de stress.
Pour revenir à mon propos initial, ce qui est dur, c’est de manger une gosette en conduisant. Je n’avais pas prévu toute cette digression sur le siège passager mais vous m’y avez insidieusement amené. Merci. Manger une gosette en conduisant tient du record olympique si elle est encore un rien tiède et que les pommes, les cerises ou les abricots fondent dans la bouche car à un moment où l’autre, la catastrophe va se produire et la chemise immaculée va morfler, c’est mathématique. Il y a toujours un instant où tout bascule et alors, il ne reste plus qu’à s’en mordre virtuellement (n’en rajoutons pas) les doigts et à penser à les mettre dans le coffre la prochaine fois parce que misère de misère, cette chose-là , c’est vraiment trop bon !!!





