Le filet américain
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Voilà bien le type même du produit qui rend fou, non pas à la consommation, j’y reviendrai, mais bien à l’écriture. Première question fondamentale : pourquoi filet américain chez nous, alors que le reste du monde le nomme steak tartare ?
Je sais, c’est par ignorance, pauvres sots qu’ils sont, ils ne font pas la différence. N’empêche, la question reste entière, à la différence de la viande, pourquoi : américain ?
Seconde question, et pas moins fondamentale : d’où est-il originaire ? Suivant les sites, on évoque Charleroi, dont le rapport à l’Amérique est bien connu, ou le Hainaut, c’est encore plus nébuleux, voire Vilvoorde. Dans ce dernier cas, il y aurait une logique : c’était là que se trouvait le plus grand abattoir de chevaux du pays, il y a quelques décennies. Comme, à l’origine, l’américain était du cheval, il y aurait baleine sous gravillon. C’est peut-être aussi à cause du cheval qu’il porte son nom d’américain, ben, oui, les cow-boys, les indiens et la cavalerie qui arrive toujours trop tard, se déplaçaient à cheval. Au début du siècle, aux débuts du cinéma, on aurait vite fait de marier les deux.
D’accord, c’est plausible, mais alors se pose la troisième question : depuis quelques années, on trouve, de plus en plus souvent, une variante du sandwich américain nommée Martino, chose pas terrible composée d’américain, de moutarde, de ketchup et d’un trait de Tabasco. Qui est Martino ? Pourquoi Martino ? Pourquoi les vaches ont-elles des cornes et les chevaux pas ?
Assez, c’est trop de questions pour l’instant. Un bon américain se sert accompagné de frites et de mayonnaise. Les oignons hachés et les câpres sont facultatifs. La demi-coquille d’œuf, avec le jaune dedans, plantée au milieu de la viande, est peu recommandée. Le risque est déjà suffisamment élevé comme ça pour ne pas en rajouter. L’américain non préparé du boucher, juste avec une clouche de mayonnaise, du sel et du poivre…pfffffff, c’est vraiment l’image du bonheur.





