La tarte au riz
Le goût des Belges
© Sven Laurent
A la fin du mois de septembre, au moment où les champs étaient coupés et que l’air embaumait l’herbe fraîche qui fanait, il y avait sur la ligne de départ, une centaine de coureurs. C’était dimanche de ducasse dans un petit village de Wallonie. C’était jour de fête et jour de course.
Jadis, mon père, lui aussi, avait fait briller son vélo, vérifié fébrilement ses pneus et s’était entraîné durant des mois à gravir toutes les côtes du coin pour déterminer quel serait le meilleur braquet pour les négocier. Jadis aussi, il avait reçu le bouquet d’une jolie jeune femme à la jupe plissée, au sourire et aux jambes interminables. Sur la photo en noir et blanc, il a l’air un peu sot, c’est qu’il était heureux. A la ferme, c’était l’occasion de tuer un cochon ou un mouton puisque toute la famille était réunie. Nous, les enfants, nous ne pensions qu’aux auto scooters et aux bouteilles de limonade. Ma grand-mère, je crois, ne songeait qu’à ses tartes. Elle s’y était mise quelques jours avant. Il fallait récurer le grand four au bois de l’arrière-cuisine qui ne servait qu’à l’occasion.
Elle les faisait immenses, ses tartes, les disposaient sur une claie à tartes en bois et les gardait au frais à la cave. Il devait y en avoir une dizaine et pourtant nous n’étions que vingt à table. Mais il faut dire que les voisins passaient après la course, échanger leurs émotions et boire une jatte en mangeant un petit bout. Quand je pense qu’après la tarte, il y avait encore des sandwichs et du jambon, je me demande comment on ingurgitait tout cela. Sa tarte au riz était fameuse. Sur le plateau à étages, il y en avait toujours quatre. C’était la préférée de tout le monde. Y mettait-elle une quantité différente de sucre ou d’œufs, cuisait-elle son riz au lait autrement ? Ses bâtons de vanille venaient tout simplement de l’épicerie du coin mais ils avaient la douceur des endroits somptueux. Peut-être toutes les grand-mères de Belgique préparaient-elles des tartes au riz aussi savoureuses les jours de ducasse et peut-être ne les avons-nous jamais oubliées ? Cela doit être pour ça que nous les aimons tant, les tartes au riz et les grands-mères …





