Les Boules de Berlin
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Bouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuullllllllllle de Beeeerliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin, je n’ai jamais compris la traduction que beugle le porteur de plateau qui marche dans le sable. En flamand officiel, on dit boule de l’Yser, l’air de rien. C’est plutôt surprenant, et que personne ne me demande une explication, tout ce que je sais c’est que même en portugais cette merveille de pâtisserie répond au doux nom de boule de Berlin. C’est dingue. D’ailleurs, parfois, la nuit, quand je fais le hibou, je me demande comment se nomment ces délices à Berlin. Ben, oui, quoi, on ne se pose jamais ce genre de question et pourtant, il y a de quoi s’interroger. Comment nomme-t-on le filet d’Anvers à Anvers, ou la salade niçoise à Nice ?
C’est pas tout ça, revenons à nos boules. Cette chose, relativement pas légère, fourrée d’un succédané de crème pâtissière, fait les délices des petits et des grands vacanciers de la côte. Pour bien apprécier les boules de Berlin, il faut avoir les mains enduites de crème solaire. Ne rigolez pas, même à la côte belge il faut s’enduire de crème solaire. Avec les bouleversements climatiques, les données vont changer, l’adresse de la côte aussi d’ailleurs, mais on en reparlera dans le tome 29 du GDB, c’est promis. Donc, si vous n’avez pas les doigts pleins de crème solaire, dépêchez vous d’en trouver sinon les boules de Berlin n’auront pas le même goût. Pour la consistance, il faut absolument ajouter des grains de sable. Ben, oui, ils collent à la crème solaire, en plus du goût, on gagne un peu de croquant. Une fois que vous êtes muni de votre kit saveur, il vous faut trouver quelque menue monnaie dans votre sac de plage, votre jupe de plage, votre short de plage, votre sac à dos, pleins de sable de plage. Et puis, il faut attirer l’attention du porteur de plateau. Et ça, c’est du sport. Parce que lui, il marche, il marche, il marche, rien ne l’arrête. Même pas le demi-homard qui se prend pour un sémaphore là-bas au loin, vous. C’est que le student qui porte le plateau est génétiquement modifié. Il a les pieds palmés. Un peu à la manière du chameau. Regardez ses jambes joliment velues pour mieux accrocher le sable des dunes lors de ses vacations. Une fois les conditions préalables réunies, vous voici en possession de votre boule de Berlin. Attention, le moment est venu de la manger. N’oubliez pas de vous épiler consciencieusement le bas du corps, quel que soit votre sexe, avant de vous lancer dans la dégustation de la chose. En effet, il n’y a rien de plus pénible que de ramasser la crème qui s’est échappée de ce délice en s’arrachant les poils. Le sable et l’huile solaire suffisent amplement à la sapidité de la friandise.
Lorsqu’enfin vous aurez terminé la boule, n’oubliez pas de sucer vos doigts avec volupté. Ç’est à ce moment que le goût de la crème solaire se perçoit le mieux. Si vous vous appelez Lolita, évitez de le faire en reluquant le vieux monsieur d’à côté par en-dessous, c’est mal.





