Glace à l’eau
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Dans le village de mon enfance, celui où je me livrais à des courses à vélo éperdues avec les petits voisins, celui dont j’ai fréquenté l’école primaire, celui où chaque jour, je tentais de battre ma meilleure amie au jeu des osselets, il y avait une épicerie et une supérette.
C’est toujours le cas et même si les lieux se sont modernisés, si les ronds-points sont apparus comme dans les villes, si le chemin de halage le long du canal s’est dépouillé de ses nids de poule pour faire la vie belle au ravel, dans mon village à moi, il y a toujours l’épicerie et la supérette dans son unique rue commerçante.
Plusieurs fois par semaine, au moment de préparer le repas, l’une de nos mères, s’apercevait que lui manquait un ingrédient indispensable. Sylvie, au grand galop et dérapant dans les graviers de l’allée du garage, venait alors me chercher pour « aller jusqu’au village ». Au cours de ce petit kilomètre à pied, nous parlions de mille choses. C’était un moment heureux et insouciant. L’été, la chaleur et notre conversation animée nous plongeaient dans les affres d’une envie de fraîcheur sucrée. Le paquet de farine ou le pain oublié étaient bien vite choisis et nous pouvions ouvrir avec délice le grand bahut frigorifique du magasin. Je n’hésitais pas longtemps. Celle que je préférais était la glace au coca, Sylvie optait en alternance pour la grenadine, le citron ou la menthe. Je me souviens du prix : 1 franc que nous prélevions sans arrière-pensée sur l’argent des commissions. Le chemin du retour se faisait lentement. Nous avancions en silence, concentrées sur la saveur du glaçon fondant sur notre langue, n’essayant pas de reprendre notre discussion, nous contentant d’émettre des petits bruits de succion rigolos.
Les glaces à l’eau font partie de ma jeunesse. Et aujourd’hui, à chaque tube glacé dont je découpe le plastique d’un coup de dent avant de le tendre à mes enfants impatients, je revois encore la drève qui reliait notre rue au centre du village et nos fous rires quotidiens qui éclataient pour un oui ou un non.
Parfois, je me permets une glace au coca. Juste de temps en temps, car les souvenirs, à force d’être évoqués, finissent aussi par perdre de leur saveur.





