Saucisses TV
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Longtemps, je me suis assise devant le petit écran de bonne heure. Parfois, à peine l’émission commencée, la fringale me prenait si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je mange quelque chose qui me plaît vraiment. » Maintenant, je sais pourquoi les choses se passaient et se passent toujours ainsi. Permettez que je vous l’explique.
Bien avant l’ère du multimédia, douze petites saucisses follement dé-rangées dans leur boîte de conserve avaient déjà compris la chanson. Celle qui, à l’époque, se chantait en noir et blanc, parée d’une robe moulante ou de chaussures à claquettes, derrière tout un orchestre en nœud papillon, au temps où le grand moment de la semaine se vivait un plateau sur les genoux face à Maritie et Gilbert Carpentier.
Elles n’ont pas changé nos petites saucisses TV, toujours aussi folles, promptes à sauter hors de l’assiette apéritive si le cure-dent se fait hésitant, glissant des doigts au moment où on les tend vers la sauce andalouse, disparaissant si vite dans l’estomac qu’on jurerait que le chat a rusé pour en piquer cinq-six alors qu’on cherchait la télécommande disparue entre deux coussins du fauteuil.
Tant de plaisir. Tant de petits plaisirs. Mais la vie, même si les plus déprimés parmi vous contesteront, et encore s’ils le sont tant que cela, ils ne liraient pas ces mots, la vie, commençai-je, n’est-elle pas faite de tous ces petits plaisirs ? Pour qu’ils gardent la même saveur, ne déménagez pas dans le nord de la France, le sud des Pays-Bas ou l’ouest de l’Allemagne ou alors prévoyez de fréquentes virées de ravitaillement car, dans ces lointaines contrées, la saucisse TV n’existe pas. Son nom ne signifie rien pour les autres. Rien de rien. La saucisse TV est fille de Belgique et ne s’offre pas aux étrangers, ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça, tout simplement. Allez peut-être faire un tour du côté de chez Swann, quelque chose me dit que la réponse s’y trouve.





