Croquettes
Le goût des Belges
© Sven Laurent
L’était un homme qui s’appelait Davy, il était né dans le Tennessee. Si courageux que lorsqu’il était petit, il tua un ours du premier coup de fusil. Davy, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais peur !
A quatorze ans, il s’était perdu. Dans un désert vaste et inconnu. Pendant dix jours, il marcha vers le sud. Sans rien manger d’autre qu’un petit peu d’herbe crue. Davy, Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais faim ! Que serait notre culture historique sans Chantal Goya ? Je vous le demande. Davy Crockett, de son vrai nom David Croquette, le héros d’Alamo, l’homme qui se battait dans le désert du Texas avec un couvre-chef en fourrure pour ne pas qu’on le confonde avec Laurence d’Arabie, sa femme. David, vu l’époque et la région, n’était pas un prénom facile à porter, c’est pourquoi il décida de prendre un pseudo. Et, n’eut été la fourberie du général Santa Ana qui faisait jouer le Déguelo chaque soir sous les fenêtres du couple, l’histoire eut pu perdre la trace de l’inventeur du bonheur des belles-mères à Noël. Car oui, chers lecteurs, si vous recevez, pour accompagner le plat de gibier sempiternel de Noël, en plus des demi-pommes fourrées d’airelles, des croquettes, c’est grâce à Laurence d’Arabie, la femme de David. Durant le lent cheminement qui suivit leur expulsion du Tennessee, pour un fait que la morale nous interdit de reproduire ici, mais enfin, rien qu’à jeter un coup d’œil à son couvre-chef, on voit bien que ce type là n’avait pas vraiment des passe-temps comme ceux des autres. Donc, écrivais-je, durant le lent cheminement en roulotte, suivant le départ précipité des tourtereaux, David conduisait d’une main sûre l’attelage, Laurence cuisinait à l’arrière, d’un geste moins assuré. Surtout à cause des cahots du chemin. Car, c’est bien connu, une roulotte ça chemine, ça trottine, cahin, caha, oui, mais les pommes de terre quand c’est cuit, il faut les égoutter. Oui, mais quand ça cahote, il est difficile d’égoutter les tubercules, ils deviennent vite trop cuits. Seule solution pour Laurence ? Faire des petits boudins avec cette purée et les laisser sécher au soleil. Bon, d’accord, quand on voyage, on dégage de la poussière, d’où cette couleur rouge. C’est ainsi qu’est né ce produit extraordinaire qui fait le régal de tous, grands et petits, gros ou maigres, blancs ou noirs, avec les doigts ou avec des couverts. Bien évidemment, chez nous, à cause du manque de soleil, il est impossible de les faire sécher et de collecter suffisamment de poussière. Donc, on pane les petits boudins à la chapelure et les fait frire. Comme quoi, les grandes recettes tiennent à peu de choses. Comme le bonheur ou presque.





