La confiture de fraises Materne
Le goût des Belges
© Sven Laurent
La culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. Du côté culture, moi, j’ai de la chance, j’ai pas trop à me plaindre. Vous l’aviez remarqué, j’imagine. Par contre, côté confiture, souvent je galère et s’il y a bien une chose que je déteste étaler, c’est la fin d’un bocal de Materne aux fraises. Pour avoir une tartine rose pâle ? Insensé !
Le fond d’un bocal de Materne est conçu de telle façon qu’il est quasiment impossible de ramasser les derniers grammes à la pointe du couteau. Il faut toujours prévoir une cuiller. Bon, ok, dans tous les cas, il faut mettre une cuiller dans la confiote mais reconnaissez que vous aussi, vous ne le faites pas tout le temps. Dans la foulée, reconnaissez aussi que parfois vous léchez votre couteau. Faute avouée est à moitié pardonnée. Pour en revenir aux fins de bocaux, il faut une cuiller et alors là , quoi ? Etaler ça sur le pain ? Ben non, hein, ça frise le ridicule. Direct sur la langue. On n’a jamais que le bien qu’on se fait. J’en parlais encore à mon psy dernièrement.
La confiture Materne en grand, moyen ou petit pot, c’est toute une institution ici en Belgique. Chez moi, je veux dire à mon chez moi de quand j’étais gosse, c’était la seule qui méritait de trôner à côté des confitures maison dans l’armoire du haut. La rhubarbe-abricot et la rhubarbe pure étaient les grandes spécialités familiales. Des fraises, on en avait aussi mais on se les mangeait fraîches avec du sucre alors pour les confitures, pensez … J’adorais la rhubarbe mais j’aimais nettement moins la cellophane sur le pot. C’était sympa à appliquer quand on donnait un coup de main avec les élastiques et la petite éponge pour mouiller le papier mais après, ça partait dans tous les sens bien avant la fin du pot. Sur le bocal de Materne, y avait un couvercle à visser. Bonheur. Dedans des gros morceaux de fraises et du fondant. Sur une tartine de craquelin au beurre frais, il n’y a toujours pas mieux au goûter. Dommage que j’ai grandi et qu’à mon âge, y a plus de goûter. Ca aussi, je vais en causer à mon psy !





