Le pain perdu
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Le pain perdu n’est pas celui qui s’échappait des poches du petit poucet, c’était des cailloux qu’il semait, les oiseaux mangeant les mies. Non le pain perdu, c’est celui qui est perdu pour nous, trop dur, trop sec, trop vieux. La recette remonte aux temps passés, ces temps où la notion de gaspillage n’existait pas. Temps sages où accommoder les restes pouvait être un prélude à un moment de bonheur.
Le pain perdu, c’est d’abord une odeur. L’odeur des soirs d’automne. Pourtant, il me semble qu’on devait aussi en manger les soirs d’été, mais dans ma mémoire, c’est l’odeur de l’automne qui s’impose. Associée à celle de la cassonade. Enfant, j’avais le droit de faire mollir les tartines de pain rassis dans le lait puis de les passer dans le jaune d’œuf. La cuisson des tartines, c’était ma mère qui la gérait. D’ailleurs, j’étais trop petit pour voir ce qui se passait à l’intérieur de la poêle. Un monde de mystère qui envoyait vers moi ses fumets délicieux. Du pain perdu, j’en ai mangé avec ma mère, avec ma grand-mère et même avec mon arrière-grand-mère. Aujourd’hui, j’en mange avec mes enfants. Je les soupçonne parfois de déposer des tartines sur le radiateur pour les dessécher. Surtout le petit, lui s’amuse même à croquer les grosses boules plus foncées de cassonade.





