Le Merveilleux
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Il n’est que chez nous qu’il est possible d’inventer une pâtisserie avec un nom pareil. Deux ronds de meringue, un peu de chantilly entre les deux, et des râpures de chocolat tout autour. Quoi de plus simple ?
Chez certains chichiteux, on ajoute une cerise au marasquin sur le sommet, genre de truc sans intérêt qui n’ajoute rien au goût splendidement simple de la chose. Je connais aussi de dangereux maniaques qui remplacent les râpures de chocolat par une feuille complète, pour le look disent-ils. Sots qu’ils sont, ils cachent les volutes de la crème fraîche, sa blancheur virginale, pour mieux déséquilibrer la chose par trop de goût de chocolat. Et je n’évoque même pas pour vous ces fous en liberté conditionnelle qui fabriquent des merveilleux glacés, avec du sorbet kiwi, cassis ou autre horreur sans nom en lieu et place de la crème. Le plus beau merveilleux (n’est-ce pas magnifique de pouvoir écrire le plus beau merveilleux ? voilà le plus grand des belgicismes) doit être mangé par une vieille dame digne à chapeau ou presque, dans un salon de thé un rien moche, éclairé au néon, accompagné d’un thé en sachet. Elle grignote sa friandise, la lippe gourmande, de temps en temps, elle jette une miette en offrande au dieu caniche qui traîne non loin d’elle, et lorsqu’elle attaque le papier en corolle, marqué du nom du pâtissier, elle use de son doigt un peu tremblotant pour ramasser les derniers instants de son bonheur du jour avant de s’en retourner devant Pascal Sevran.





