Xmas, ça sent le sapin
Le goût des Belges
© Sven Laurent
Ça fait deux heures que je marine face à mon clavier, et voilà , c’est parti, un titre comme un Série Noire de la grande époque. Celle des endroits glauques, des bars mal famés, des bistrots enfumés, des prostituées au maquillage fané, des détectives mal rasés et un tantinet alcoolos. Ça sent le sapin. C’est le temps du packaging. De la nouvelle image avant la nouvelle année. C’est que les roitelets faux mages se doivent d’arriver les bras chargés de cadeaux à déverser au pied du sapin.
C’est qu’il faut motiver l’achat du quidam. Et ledit quidam, il est plus que sollicité. Mais trop d’image tue l’image, alors il faut faire encore plus d’image. Dans un ouvrage récent, le dictionnaire Mondial des Images, chez Nouveau Monde éditions, un travail collectif dirigé par Laurent Gerberau, les auteurs se penchent sur la vacuité actuelle de l’image. En substance, surtout en matière de pub et de lifestyle, l’image est tellement loin de la réalité grâce à toutes les possibilités techniques actuelles, qu’elle n’a presque plus de signification. On est loin du No Comment d’EuroNews.
L’image n’est plus ou presque un message en elle-même, sans légende elle devient presque vide. C’est un peu le coup de cette marque de whisky qui a changé le sens de la marche du bonhomme des affiches juste pour avoir quelque chose à faire savoir. Tout le monde s’en cogne joyeusement le coquillard, mais comme ça on communique, et si on communique on existe. Et si on existe, on vend. CQFD. A force de ne faire que de l’image, on en oublie le produit. C’est vrai, quoi, pour un produit de luxe populaire, la qualité c’est l’image non ? Pas ce qu’il y a dans la boîte. Pfffff, faut que j’arrête moi, je commence à fatiguer. Me faudrait bien une petite bière. Une Xmas par exemple. Je vous parle souvent de ma vie, mais il faut que je m’étende une fois de plus, c’est une histoire d’image d’ailleurs. A Grandrieu, lorsque j’étais petit, il y avait encore un bistrot au village, et sur les lambris de ce bistrot, des panneaux représentant des sapins enneigés avec ce drôle de mot : Xmas. Il m’a fallu des années pour comprendre ce que signifiait ce mot. Et surtout cette bière. Il ne s’agit pas que d’un truc marketing, il y a une réalité historique dans cette cuvée particulière. Les brassins de Noël sont une tradition chez nous, une façon pour le brasseur de marquer la fin de l’année en proposant une cuvée particulière. Un peu comme les vins nouveaux marquent la fin du travail du vigneron. Dans le cas de la Christmas, il s’agit d’une bière de chez nous. A l’anglaise, mais chez nous quand même.
C’est marrant, lorsque l’on se penche un peu sur l’histoire de nos boissons, on se rend compte du métissage du « terroir ». C’est encore le cas ici. La bière en elle-même est riche, sombre, aux arômes torréfiés, un brin caramélisés. La mousse est onctueuse. Un peu comme si un peu de douceur pouvait amortir les frimas hivernaux à venir. Un peu de tendresse dans ce monde de brutes, c’est pas mal. Et puis, ce magnum rouge pétant, ça le fait grave pour les fêtes. C’est assorti au nez du renne favori du Pèpère Nono.





